
Entretien avec Josée Gaudet – L’IA de quoi s’investir
Dans cet entretien, Josée Gaudet reviendra plus en détails ce qui a été présenté lors des Instituts d’été. Vous pouvez revoir l’enregistrement ici.
Mentore en pédagogie active et inclusive au District scolaire francophone Nord-Est, au Nouveau-Brunswick, depuis 8 ans, elle est leader pédago-numérique et membre du comité provincial sur l’intelligence artificielle. Ancienne enseignante et directrice, elle accompagne le personnel scolaire dans l’intégration et l’utilisation de la technologie en salle de classe, alliant collaboration, créativité et pertinence pour transformer l’expérience éducative.
Entretien avec Josée Gaudet – L’IA de quoi s’investir
Transcription
Louis : Vous connaissez les entretiens audio du Centre franco? Chaque épisode a moins de 25 minutes et l’on y discute pédagogie à la suite d’une formation offerte lors des Instituts. Restez à l’écoute, ça commence dans trois, deux, un. Oui, on se retrouve après les Instituts d’été. Aujourd’hui, je suis en compagnie de Josée Gaudet. Josée, qui a donné une formation aux Instituts d’été. Bonjour, Josée!
Josée Gaudet : Bonjour! Ça va bien?
Louis : Oui. Aujourd’hui, on s’est donné comme intention qu’on était pour aller un peu plus loin de la formation. Si vous n’avez pas eu la chance d’aller écouter ou d’assister à la formation, dites-vous que l’enregistrement est disponible sur le site du Centre franco et n’importe quand. Tout de suite ou après, ou n’importe quand, vous pouvez aller l’écouter.
Nous, on commence notre discussion parce que j’étais allé revoir la présentation, Josée. J’ai trouvé ça absolument, encore une fois, passionnant. Pour tout le monde, est-ce que tu pourrais nous résumer un petit peu qu’est-ce que tu as donné comme formation cet été aux Instituts?
Josée : La formation que j’ai donnée, c’était en fait sur l’intelligence artificielle en éducation. IA, donc, pour l’intelligence artificielle, de quoi s’investir. En gros, c’était de partager un peu l’information qu’on partage dans nos écoles avec notre personnel enseignant, dans l’intégration de notre plan pédago-numérique, qui veut justement faire place à l’intelligence artificielle en éducation.
En gros, on a vu les avantages, quelques désavantages, des risques qui peuvent arriver avec l’intelligence artificielle en éducation. J’ai parlé aussi de piliers essentiels, que c’était important de penser. Tu sais, on ne peut pas juste se lancer là-dedans, sans avoir une bonne réflexion parce que c’est quand même un outil superpuissant.
Louis : Oui.
Josée : J’ai parlé rapidement, fait le survol de piliers importants en éducation. En suite de ça, on a terminé avec trois exemples concrets pour des élèves de plus ou moins 3ᵉ année, plus ou moins 6ᵉ, 7ᵉ année et au secondaire, donc trois idées d’activités d’apprentissage qu’on peut utiliser ou intégrer l’intelligence artificielle pour aider aux apprentissages des élèves. Puis, en même temps, aider à bien utiliser l’outil pour que ça soit sécuritaire et puis, de façon responsable pour les élèves, mais pour les enseignants aussi.
Louis : Là j’ai vu qu’à plusieurs occasions, dans ta présentation, tu avais cette phrase-là qui revenait. Tu as écrit : « L’humain au cœur du processus. » Est-ce que tu pourrais– Oui, vas-y, je t’écoute.
Josée : C’est parce que tu veux, ne veux pas, la technologie, l’intelligence artificielle, la robotique, les ordinateurs, les machines, si l’on n’y fait pas attention, on va perdre l’humain à travers tout ça.
Louis : Oui.
Josée : Quand on dit l’humain au centre de nos interventions, au centre de notre pensée, tout ça, c’est que, de plus en plus, le système en éducation, on va avoir besoin de se concentrer sur tout ce que la machine ne peut pas faire et ne peut pas ressentir : la sympathie, l’empathie, l’écoute active, tout ça. Ce sont des compétences essentielles que, si l’on ne tient pas en tête, on va manquer le bateau, comme on dirait par chez nous.
Oui, utiliser l’intelligence artificielle, oui, utiliser les machines, la technologie, la technopédagogie, mais en tenant compte qu’on travaille avec des humains, puis les relations, la création des liens, et ainsi de suite. C’est hyper important pour, justement, pouvoir faire une bonne utilisation de ces outils-là.
Louis : Est-ce que tu es d’accord avec moi, parce qu’on voit ça, on dit aussi, par rapport à l’intelligence artificielle, qu’on ne peut pas faire confiance à l’intelligence artificielle? Es-tu d’accord avec ça?
Josée : Ce n’est pas qu’on ne peut pas faire confiance, c’est qu’on doit être sur nos gardes à tout moment. Ce n’est pas parce que c’est une intelligence artificielle que c’est 100 % vrai tout le temps. L’information peut être biaisée. C’est basé sur une base de données. Si la base de données est erronée, l’intelligence artificielle va nous donner des informations erronées.
Le premier exemple qui me vient en tête au niveau des Premières Nations, culture, qui se transmet vraiment à l’oral, il faut beaucoup d’écrits, donc elle peut nous donner des choses erronées. Puis, il y a aussi l’autre concept qu’on appelle les hallucinations de l’intelligence artificielle. L’outil veut nous plaire, veut nous répondre, veut nous donner quelque chose, que ça soit bien ou pas bien.
Même si elle ne peut pas penser [rires], je te dirai que l’intelligence artificielle veut nous répondre, que ça soit vrai ou faux. Ce n’est pas que c’est nécessairement faux, mais il faut faire attention, il faut être sur nos gardes. Malheureusement, il y a des gens qui veulent propager la fausse information. C’est beaucoup plus facile de le faire avec des outils d’intelligence artificielle : les fausses nouvelles, les fraudes, et cetera. Il faut faire attention. C’est une des raisons de sensibiliser nos jeunes dès un bas âge. Oui?
Louis : Quand tu as présenté les six piliers, je les ai relus, puis je me disais : « C’est tellement important, ça. » Je vous rappelle, tu as présenté les six piliers pour l’intégration de l’intelligence artificielle générative. Il y en a toujours des piliers là-dedans que tu trouves plus important que les autres?
Josée : Ils sont tous importants. Ça, en passant, ça se trouve dans le Guide d’intégration de l’intelligence artificielle du gouvernement du Nouveau-Brunswick. Ils sont tout aussi importants que l’autre. Ça s’applique bien à l’intelligence artificielle, mais c’est facilement transférable aussi avec l’utilisation des technologies dans les classes. Je te dirais que tout ce qui est au niveau de sécurité, au niveau de responsabilité, puis au niveau de transparence et d’éthique, pour moi, ça en est qui sont vraiment importants parce qu’on a comme manqué un peu–
Avec l’arrivée des cellulaires, avec l’arrivée des technologies, tout ça, il y a eu un manque dans le système d’éducation. Puis, il y a comme une génération qui n’a pas été éduqué à ça par notre faute, « notre » étant le système. Je pense que c’est important de revenir sur ça parce que l’IA ne fait qu’amplifier tout ce qu’on a déjà, donc c’est important de revenir pour garder en tête, encore une fois, l’humain au centre de tout ça. La transparence, l’éthique, la sécurité et également la confidentialité des données.
Louis : Si l’on avait un élève qui, de façon autonome, voulait utiliser l’intelligence artificielle, tu as donné quatre étapes qu’il devrait aborder. Là, je l’ai dit, si vous qui nous écoutez n’étiez pas là, tu as dit que la première étape, ce serait de questionner l’IA. La deuxième, de valider, puis de reformuler. La troisième, c’était de réfléchir. Puis, la quatrième, c’est de créer. Ce que je trouve très intéressant là-dedans, c’est que ce n’est pas créé au départ. C’est comme il y a un processus pour se rendre là.
Josée : C’est ça. Ce n’est pas demander à la machine de créer pour toi, mais avec le processus, ça va demander à la machine ou l’IA de créer avec toi. Ça aussi, c’est une grosse nuance qui est importante pour nous. Ce n’est pas faire pour nous, mais faire avec nous. C’est ça qu’il faut qu’on enseigne à nos élèves aussi. L’importance de valider, mais on en a parlé un petit peu plus tôt. Il faut s’assurer que les faits qui sont ressortis sont vrais, que ça fait du sens.
L’effet de réfléchir, c’est au niveau du développement des compétences, c’est comme : « Okay, oui, elle me dit ça. J’ai ce concept-là. », mais comprends-tu vraiment? J’avance comme personne là-dedans, ou je prends juste du tout cuit, puis je copie, je colle, je donne, puis il n’y a rien qui est resté, là. La partie « créer », c’est parce que nos élèves, souvent, ont besoin encore : « Okay, mais je crée quoi? »
Tu sais, ils ont été tellement habitués à ce qu’on les tienne main à la main pour toutes les créations que, là, c’est– Je vais te donner un exemple : « Okay, mais tu peux créer toutes sortes de choses. Ce n’est pas obligé d’être tout écrit sur papier. Fais un podcast, fais une vidéo, fais un poème, peu importe, selon la matière ou, dans ce cas, ici, selon l’activité que tu veux faire avec ton élève.
C’est, je suis une personne qui est très visuelle, donc pour mettre un petit peu en image avec l’enseignant ou l’enseignante qu’encore une fois tu ne te jettes pas juste dans ta classe : « Ah! On va utiliser l’intelligence artificielle. », mais d’avoir des outils pour les aider, pour les accompagner là-dedans.
Louis : Souvent, je trouve, corrige-moi si je me trompe, mais, encore une fois, dans les quatre étapes qui ont été évoquées, la troisième, qui est celle de réfléchir, j’ai l’impression que c’est toujours celle qui est la plus difficile, faire réfléchir, pour plein de raisons. Entre autres, on veut que ça se fasse vite. En plus, réfléchir, ça demande un effort. Comment est-ce qu’on fait, justement, pour que ça soit valable cette étape-là? Y a-t-il des trucs ou quelque chose?
Josée : En plus qu’on travaille avec des ados, qui ne veulent pas nécessairement réfléchir. [rires] Cette étape-là aussi, je la relie beaucoup avec notre développement des compétences parce qu’au Nouveau-Brunswick on travaille beaucoup les compétences socioaffectives, cognitives, puis ainsi de suite. C’est vraiment de rendre l’élève maître de ses apprentissages. On n’est pas juste là pour transvider qu’est-ce qu’on sait, puis donner du savoir, tout ça.
On veut que l’élève réalise que : « Oui, j’utilise l’intelligence artificielle, mais c’est moi qui reste le cerveau en arrière de tout ça. », donc réfléchir. C’est un peu sur ce concept-là que je voulais vous faire un petit peu dans l’activité exemple que j’ai donnée, là, avec cette étape-là.
Louis : C’était excellent, en passant, parce que j’ai suivi ton atelier. J’ai appris plein de choses. Avant qu’on enregistre aujourd’hui, je t’avais posé la question : « Si tu avais eu la chance de continuer la formation– », et tu as dit : « J’aurais aimé ça de présenter comment faire une bonne requête. » Est-ce que tu pourrais nous expliquer justement, là? Parce que je pense qu’il y a un petit modèle que vous avez fait chez vous. Parle-nous-en.
Josée : Oui. C’est juste, encore une fois, mon côté visuel, là, qui vient s’ajouter à ça. Il y en a plusieurs, des modèles, là. Il y a le modèle café, il y a le modèle focus, il y a toutes sortes de modèles, qui nous invitent à bien penser à comment remplir ou à écrire notre requête, ou à dire notre requête ou notre prompt. Parce qu’on utilise beaucoup le mot prompt dans le francophone aussi.
Nous, c’est le modèle TRACE, le T pour la tâche, R pour le rôle, le A pour l’audience, le C pour contexte et le E pour exemple. La tâche, tu veux t’assurer de donner une tache claire à ton intelligence artificielle. Initialement, les gens ont l’habitude d’utiliser une intelligence artificielle générative, comme Google, un petit peu, pose une question.
Louis : Pour faire une recherche.
Josée : Non, ne fais pas juste une recherche, donne-lui une tâche. « Trouve-moi ceci parce que j’aimerais que tu crées pour moi, ou que tu rédiges, ou que tu synthétises, ou tu ajustes, ou tu proposes. », peu importe. Donne-lui une tâche très spécifique, donc le type de TRACE. Le R, c’est lui donner un rôle ou lui donner ton rôle. « Agis comme un enseignant ou une enseignante de sixième année de mathématiques. » pour mettre dans son rôle, pour qu’il va plus être précis.
Le A du modèle TRACE, pour audience. Ce que tu vas créer, ça va s’adresser à qui? À toi, à d’autres enseignants, à des jeunes de 10 ans, à un public adulte ou peu importe? C’est qui ton audience? Ça va s’adresser à qui? Le C pour le contexte. C’est dans quel cours, c’est dans quelle matière, tu es rendu dans quel thème, tes résultats d’apprentissage? C’est quelle sorte de projet?
J’ai eu l’expérience. Une enseignante a dit : « Je ne comprends pas. J’ai demandé à l’IA de dire : « Crée-moi un budget. », puis ça a venu tout croche à ça. Pas parler à mes élèves de faire ça. » J’ai dit : « Oui. Tu as besoin de plus de contexte que ça, là. C’est quoi ton projet avec tes élèves? Qu’est-ce qu’ils font? Ainsi de suite. » Le contexte est super important, et l’exemple ou le contre-exemple de E. Qu’est-ce que tu désires? Donne-moi quelque chose à l’image de ou bien à l’opposé, le contre-exemple.
C’est vraiment une activité pédagogique pour animer avec du personnel enseignant. Assure-toi que ce n’est pas une présentation magistrale. Le contre-exemple de qu’est-ce que tu ne veux pas? Ceci, ce que ça peut faire, ça peut faire de grandes requêtes, de grands paragraphes. Ce n’est pas juste une question ou une ligne, là. Des fois, j’ai des requêtes qui vont être de 15, 20, 30 ou 50, 60 lignes. Ça peut être très long parce que, souvent, je vais le dicter. Au lieu de l’écrire, je vais dicter, puis je vais juste lui parler.
« Là, je suis en train de faire ceci. Voici qu’est-ce que je pense, voici qu’est-ce que je veux, voici où je suis rendue. Ça s’adresse à qui? » Je donne toutes mes lettres, toutes les consignes du modèle TRACE. Ce que ça fait en sorte, c’est que tu as ton produit presque final beaucoup plus rapide que demander et puis : « Non. Ce n’est pas ce que je voulais dire. J’enseigne en deuxième année. » « Non. C’est parce que j’avais oublié. » Là, ça prend un petit peu plus de temps. C’est une façon.
C’est une bonne requête, mais c’est, comme j’ai dit, il y a différentes façons qui fonctionnent. C’est pour éviter de l’utiliser comme Google ou comme n’importe quel autre navigateur de recherche.
Louis : Parce qu’il ne faut pas oublier que l’intelligence artificielle ne réfléchit pas. Si tu ne lui dis pas de façon claire et précise, elle n’est pas en train de dire : « Peut-être que Josée me dit que– » Non. Comme tu dis, c’est certain qu’on va gagner du temps parce que, un, au début, je me souviens, on– Parle-moi des fleuves.
Là, « Ce n’est pas ça que je veux. Je veux que tu me parles des fleuves du Canada. » Là, chaque fois, comme tu as dit tantôt, j’étais en train de redéfinir ma requête avec une nouvelle phrase, une nouvelle question : « Non, ce n’est pas ça que je veux. » J’aime ça, le modèle TRACE. Premièrement, c’est un mot qu’on va retenir, et c’est clair qu’on est responsable de ce qu’on aura de l’intelligence artificielle parce que c’est nous qui écrivons la question au départ.
Josée : Absolument. Même un autre petit truc avec le modèle TRACE, avant même que l’intelligence artificielle génère ce que tu lui as demandé de faire, tu peux lui dire : « Avant d’effectuer la tâche, pose-moi des questions sur ce qui n’est pas clair. » Là, elle va même te poser. Elle va dire : « Okay. Quand tu as dit ça, voulais-tu dire ça ou ça? » Elle va vraiment te spécifier. Là, tu as juste besoin de répondre rapidement à ces questions, puis ça va être encore plus clair, encore plus précis.
Souvent, on oublie des choses, puis on fait comme : « Oui. C’est sous-entendu, mais non. » Puis, « Ah! elle prend vraiment mot pour mot! », et tu l’as très bien dit : « Elle ne réfléchit pas. » Elle interprète des données, elle analyse des données et elle essaie de répondre comme un humain le ferait, sauf qu’elle n’est pas humaine. [rires]
Louis : Oui. Un jour, je ne sais pas où j’avais trouvé ça, cette réponse-là. Finalement, quand tu lui poses une question, elle va dans sa banque de données, puis là, elle calcule la réponse qui est le plus possible pour répondre à ta requête. C’est une question mathématique, finalement, sa réponse.
Josée : Probabilité. Oui.
Louis : C’est ça. Si je lui demande : « C’est quoi la capitale du Canada? », elle va aller, puis, là, selon toute l’information que j’ai ramassée, qu’on m’a donnée au départ, 99,9 % des gens disent que la réponse est Ottawa. Je vais lui donner la réponse Ottawa. Je n’ai pas– Comme je l’ai dit, elle ne réfléchit pas. C’est très intéressant, ça, je trouve. Parce que, si l’on est capable, justement, de montrer à nos élèves comment bien faire des requêtes, imagine, là, le potentiel incroyable.
Josée : Oui. Tout en restant en contrôle, tout en restant, comme tu l’as mentionné, maître de ce que tu veux avoir, avec les contraintes et les exigences que tu vas donner à l’intelligence artificielle. Oui, la partie réflexion va prendre la place, puis ça va aider l’élève à, encore une fois aussi, rester de façon responsable, équitable et éthique dans tout ça. Oui?
Louis : On ne l’a pas mentionné aujourd’hui, là, mais comment tu abordes après ça, là, la question des droits d’auteur? Parce qu’à un moment donné– Vas-y.
Josée : Oui. C’est toujours la question. Comment citer? Faut-il que je cite ou non, et ainsi de suite? Il y a plein de ça aussi. Il y a plein de modèles, il y a plein d’idées. Tu fais ça comme ça. Tu fais ça. Il n’y a pas encore une uniformité absolue au niveau international. Je vous dirais que, pour l’instant, l’important, c’est d’être transparent. C’est un des piliers, la transparence.
Si c’est quelque chose qui a été fait en grande partie par l’intelligence artificielle, avec un petit peu d’aide de toi, mais dis-le. Tu n’as pas besoin d’être gêné. Juste le dire. C’est le côté éthique des choses aussi. Si, par contre, c’est l’exemple que j’ai donné dans la formation aussi, si tu écris un texte et que tu as demandé à l’intelligence artificielle : « Peux-tu corriger mes fautes d’orthographe? » Puis, elle ne fait que corriger tes fautes d’orthographe. Veux-tu le mettre, est-ce que tu le mets quand tu utilises Antidote, par exemple, ou le correcteur dans Word où ce qu’on dit est corrigé par Antidote. Pas nécessairement, donc il y a toujours une balance, il y a toujours à voir, mais je dirais quand c’est la majorité, quand ce n’est vraiment pas de toi, mais presque, dis-le et puis, sois transparent : fais à l’aide de, ou en collaboration avec l’IA, ou faite par l’IA. Choisis les mots qui vont mieux répondre à ta situation, mais c’est le côté éthique, c’est le côté transparence, de là l’importance de voir ces termes-là avant l’utilisation pour le personnel ou avant l’utilisation avec nos élèves.
Louis : De plus en plus, on commence à retrouver des logos : « Fait sans intelligence artificielle, ou entièrement, ou partiellement. » Je trouve ça intéressant parce que c’est de dire aux gens, comme tu as dit : « D’être transparent par rapport à son utilisation. » Écoute, Josée, le temps avance et puis, je voulais t’amener sur la dernière phrase dans ta présentation.
À un moment donné, tu as dit : « Ose sortir de la boîte en gardant la boîte en tête. Crée des occasions concrètes pour que les élèves découvrent, testent et développent leur jugement. » Là, ça se peut que, quand les gens vont écouter ça, qu’ils soient plusieurs semaines ou plusieurs mois après que tu aies donné ta présentation. Ma question pour toi, c’est : « Qu’est-ce qu’on fait demain matin? » Où se situe– Vas-y.
Josée : « Ose sortir de la boîte en gardant en tête qu’il y a une boîte », c’est ma manière de dire : « Écoute, il faut qu’on innove. Il faut qu’on essaye. » L’intelligence artificielle générative est là. Elle est là pour rester. On a beau faire l’autruche, on a beau dire : « Non, moi, je reste. » Ça ne fonctionnera pas. On a beau dire : « Moi, dans ma classe, je ne le ferai pas. Les élèves ne l’utiliseront pas. » Oublie ça. Les élèves vont l’utiliser beaucoup plus tôt qu’on le pense.
Oser sortir de la boîte, c’est juste de penser que, oui, il y a des restrictions, il y a des règles, il y a des situations qui vont faire en sorte qu’on ne peut pas, on ne devrait pas, ainsi de suite. Mais, comment on va faire pour y aller malgré tout? On n’a pas droit de l’avoir à notre district. « Okay. »
Ça veut dire que je n’ai pas le droit d’en parler, pas le droit de mentir, donc il faut sortir de la boite, il faut en parler, il faut sensibiliser nos jeunes, notre personnel, notre communauté, les parents. Il faut le faire en gardant qu’il y a une boîte, il y a des règles à suivre. Tu ne peux pas demander à un élève de cinq ans de se créer un compte ChatGPT. Légalement, ce n’est pas bien. Il y a des barreaux, il y a une boîte, mais est-ce que moi, comme enseignant, je peux utiliser mon compte et travailler avec eux? « Osons sortir de la boîte. » C’est un petit peu ça le message de fin de rencontre que j’avais à donner.
Louis : Oui. C’est clair que nos commissions scolaires, nos conseils scolaires, nos districts scolaires ont de plus en plus de règles, puis de directives par rapport à l’utilisation. On encadre l’utilisation. C’est clair qu’en tant qu’employé j’ai à respecter ces règles-là. Après ça, comme tu le dis très bien, nos élèves l’utilisent déjà. Je donne toujours l’exemple, quand la calculatrice graphique est sortie, dans la classe, on se disait : « Ce n’est pas grave, les classes de maths, j’ai peut-être un ou deux élèves qui y ont accès. »
Quand l’ordinateur portable est sorti, c’était la même chose. Il y avait très peu de nos élèves qui l’utilisaient. Cette fois-ci, quand on parle de l’intelligence artificielle, là, elle est accessible à tout le monde facilement. Tu as juste besoin d’avoir un petit téléphone chez toi, et tes parents l’utilisent probablement, et tes grands frères et grandes sœurs, et cetera. De se mettre la tête dans ça, puis de dire : « On ne l’utilisera pas dans ma classe parce que, moi, je ne comprends rien là-dedans. » Écoute, ça se fait déjà. Quand tu dis ça, tu en as peut-être et, dépendant du niveau, comment on fait pour travailler avec finalement? C’est ça la question.
Josée : C’est ça. Selon moi, ce n’est plus un choix. Selon moi, c’est une obligation en éducation. Ça fait partie, qu’on le veuille ou non, que ça soit intégré ou non dans nos programmes d’études, selon moi, ça devient quelque chose qu’il faut qu’on embarque. Il faut qu’on suive le courant. Je dis souvent, dans mes présentations, que l’IA générative, c’est arrivé comme un gros tsunami. On a le choix d’apprendre à surfer ou bien de se noyer. [rires] Moi, j’ai bien embarqué sur la planche de surf, puis y aller parce que, sinon, on va se noyer, et le tsunami est là. Il s’en vient, puis il continue. [rires]
Louis : Si j’étais un prof ou une personne qui veut rester à la page, comment je fais pour me garder à jour? Parce que ça va tellement vite dans ce domaine-là.
Josée : C’est le réseautage, je dirais. En tout cas, personnellement, c’est sur les réseaux, c’est suivre les gens qui sont fiables, qui font des recherches là-dedans et sur les réseaux sociaux, comme LinkedIn. Il y a plein de gens qui publient des monopages, des recherches, des résumés, et ainsi de suite. C’est un peu comme ça. C’est d’utiliser son jugement critique également parce qu’il y a plein d’informations qui viennent de partout.
Ce n’est pas parce que monsieur madame tout le monde le dit que c’est validé par la recherche, donc il faut rester critique là-dedans, puis juste d’être aux aguets. D’avoir un petit peu une intention d’écoute. De plus en plus, il y a des formations qui s’offrent dans les districts scolaires, dans les conseils scolaires, dans les écoles, donc d’ouvrir l’école, d’essayer de plonger.
Je reviens à ma planche de surf. Embarque sur la planche. Tu vas tomber en voie, c’est correct. Réembarque dessus, puis c’est ce que c’est. Il n’y a personne qui apprend à faire du surf du premier coup, donc allons-y un pas à la fois, puis c’est comme ça qu’on va le faire.
Louis : Écoute, Josée, merci, Josée pour cet entretien incroyable. Je nous rappelle que Josée Gaudet est mentor en pédagogie active et inclusive, spécialisée en technopédagogie. Elle a offert, durant les Instituts d’été, la formation qui a comme titre : L’intelligence artificielle en éducation, l’IA, de quoi s’investir. Josée, merci beaucoup et puis, à la prochaine.
Josée : Merci à toi. Tu me fais plaisir.
Louis : Merci d’avoir pris le temps d’écouter cet entretien. Pour accéder aux enregistrements des formations des Instituts, rendez-vous dans la section ressources du site du Centre franco. Pour découvrir d’autres entretiens et rester à l’affût de nos nouveautés, abonnez-vous à notre infolettre, suivez-nous sur les réseaux sociaux ou visitez notre site : lecentrefranco.ca.