À la rencontre de Tracey-Lynn Foucault… L’importance de la personne
Épisode 20
Tracey-Lynn Foucault travaille avec dévouement au sein de l’éducation catholique en langue française en Ontario. Animée par une volonté d’apprendre et de grandir, elle cherche à soutenir les autres dans leur développement personnel et professionnel, tout en poursuivant son propre parcours.
Son passage au Conseil scolaire catholique du Nouvel-Ontario reflète les diverses expériences qui ont enrichi sa compréhension du milieu scolaire. Elle a eu l’occasion d’enseigner au secondaire, de contribuer à la construction identitaire des élèves, de coordonner les programmes des Majeures haute spécialisation (MHS) et d’assumer des rôles de direction tant à l’élémentaire qu’au secondaire. Depuis 2019, elle occupe le poste de surintendante de l’éducation, où elle accompagne les équipes dans la mise en œuvre d’une vision éducative inclusive et tournée vers l’avenir.
En parallèle, elle a enseigné au Collège Boréal, a travaillé avec les équipes FARE et TacTIC du Centre franco, puis a pris part à la création de ressources pédagogiques. Elle a également contribué à l’élaboration de curriculums au ministère de l’Éducation de l’Ontario.
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1re partie du balado
Tracey-Lynn Foucault : Quand on parle d’humilité, pour moi, c’est de toujours maintenir un grand respect pour les gens qui sont à tous les niveaux, que ce soit une personne clé dans ma vie, qui est mon adjointe administrative, que ce soit les directions, que ce soit les gens qui œuvrent au niveau d’éducateurs, éducatrices, enseignants. Ce sont des gens qui ont énormément à offrir et qui ont autant de poids, autant de valeur que moi parce qu’ils sont en contact direct avec les élèves et autres.
[musique]
Louis : Bienvenue aux conversations pédagogiques avec des passionnés! Initiée par le Centre franco, cette série de balados nous présente des professionnels qui excellent en éducation.
Après 18 années d’expérience en enseignement secondaire, Tracey-Lynn Foucault a ensuite continué son parcours en travaillant au Centre franco et au ministère de l’Éducation de l’Ontario. Son cheminement l’a menée vers des postes de gestion à la fois au secondaire et à l’élémentaire. Depuis 2019, elle met son expertise au service du Conseil scolaire catholique Nouvelon où elle occupe un poste de surintendante de l’éducation.
[musique]
Aujourd’hui, ça me fait très plaisir de souhaiter la bienvenue à Tracey-Lynn Foucault qui est surintendante de l’éducation pour le Conseil scolaire catholique Nouvelon. Et comme j’ai eu la chance de travailler avec elle dans l’équipe tactique au Centre franco, ça me fait très plaisir de l’accueillir parce que là, aujourd’hui, on va parler pédagogie. Bonjour, Tracey-Lynn!
Tracey-Lynn : Bonjour! un plaisir d’être avec toi aujourd’hui!
Louis : En regardant les notes, à un moment donné, j’ai remarqué qu’on a une passion commune, soit tu as écrit, dans le document, que tu avais un chalet et que ça en faisait partie. Parle-moi de cette passion qui est le chalet.
Tracey-Lynn : Comme tu le sais, la vie roule très vite, puis, à un moment donné, on respire dans la tempête, la tornade et les urgences professionnelles. À un moment donné, il faut juste trouver les occasions pour s’évader et puis, pour moi et mon époux, ma famille, c’est vraiment notre chalet. Même si, parfois, la route en s’en allant au chalet est remplie d’appels, de suivis et autres, une fois qu’on arrive au chalet, on dirait que l’urgence est moins urgente.
Tu te sens juste bien, tu te sens en paix, tu entends les oiseaux, tu regardes le lac, tu vois le soleil qui brille sur le lac, les couchers de soleil, le lever du soleil, tu vois le feu qui danse, tu pars, tu es entre amis. On dirait que la vie est juste vraiment différente. C’est un ressourcement, vraiment. Ensuite, le dimanche soir, on refait la route, puis on recommence l’urgence le lundi matin.
[rires]
Louis : Oui parce que, justement, dans le travail qu’on fait, quand on parle de ressourcement, c’est super important. Mettons, là, que je suis un nouvel enseignant, je commence, c’est ma première année, et puis je vais te voir, puis, je te dis : « Donne-moi donc un conseil. » Qu’est-ce que tu dirais à une personne qui débute dans l’enseignement?
Tracey-Lynn : C’est quelque chose, c’est des conversations que j’ai souvent avec les gens, peut-être les enseignants, ou souvent les directions aussi qui commencent en poste. Une des choses que je leur dis toujours, c’est : « Assure-toi d’être courtois, gentil envers toi-même. » Qui veut dire que : ne mets-toi pas dans des situations où tu vis l’urgence constamment parce que l’urgence va toujours être là. Il faut quand même que tu aies un discernement de qu’est-ce qui est une urgence que tu ne peux pas mettre de côté, mais il y a certaines choses que tu peux faire attendre au lendemain et autre.
Ne mets-toi pas dans une situation de sacrifice entre ta vie professionnelle et ta vie personnelle parce que si tu ne prends pas bien soin de toi, éventuellement, à un moment donné, tu n’auras plus rien à donner à ta vie professionnelle non plus, et ta famille va en souffrir. Ce n’est pas l’objectif dans ta carrière d’avoir une différence d’un côté et l’autre.
On vit, peut-être, certaines personnes plus que d’autres, puis j’en suis très coupable, c’est qu’on vit dans la culpabilité quand on décroche. Quand tu décroches, assure-toi de te donner la paix, le confort de savoir que c’est une bonne chose, puis laisse aller la culpabilité et fais-le avec grande satisfaction lorsque tu décroches d’apprécier les belles choses. Ensuite, quand tu te remets dans l’urgence ou dans la vie professionnelle, les suivis, là, tu en as beaucoup plus à donner. Tu vas être encore plus efficace. Permets-toi de décrocher sa culpabilité.
Louis : Si tout est important, mais tout n’est pas urgent.
Tracey-Lynn : C’est ça. Puis encore, c’est un discernement. Il y a certaines choses que, oui, parfois, on a un déséquilibre professionnel-famille. C’est correct ça, on ne peut pas toujours avoir un équilibre parce que ce n’est pas comme ça que ça fonctionne en éducation. Il y a des fois que ça gruge dans ton temps personnel, mais il y a d’autres fois où il faut que tu remettes ce temps-là. Il faut dire, je prends du temps, puis je le remets dans ma vie personnelle.
Louis : Ce n’est pas difficile de faire ça?
Tracey-Lynn : Ce n’est pas évident du tout parce qu’on est déjà ambitieux. On a des gens qui veulent toujours en faire plus. On a quand même une culture en ce moment qu’il faut démystifier que les gens professionnels, de bons leaders, sont toujours branchés. Ils répondent les courriels tout de suite, ils sont toujours dans l’avancement. Il y a des conversations, ils travaillent les fins de semaine, ils travaillent tard, ils travaillent tôt. Quand même, est-ce que c’est vraiment la culture qu’on veut maintenir?
Moi, je suis fort croyante qu’on peut être professionnel, un bon leader, efficace dans notre fonctionnement, et quand même décrocher, puis encore plus efficace même, parce qu’on a pris le temps de façon subconsciente de réfléchir, d’apprécier les autres choses dans la vie. On est moins saturé du monde du travail. On revient avec une nouvelle vision, une nouvelle perception, un nouvel élan. Il faut vraiment se permettre de faire ça.
Louis : Bien se nourrir, dans le sens, puis je vais utiliser le terme, c’est décrocher, donc ça veut dire prendre soin de soi pour être encore plus, entre guillemets, performant, mais pour être plus efficace, puis on pourrait mettre tous les adjectifs avec ça. Ce n’est pas la quantité d’heures que tu mets au travail qui va faire en sorte que tu vas être un bon leader. C’est ça que je comprends.
Tracey-Lynn : C’est essentiellement ça, qualité aussi. Puis rire, c’est gratuit, apprécier un coucher de soleil, c’est gratuit, mais c’est riche. C’est riche dans ce que ça t’apporte au niveau de ta perception.
Louis : Dans notre balado, il va falloir qu’on rit un peu.
Tracey-Lynn: Absolument, j’espère.
[rires]
Louis : Comment on fait justement pour être en avant de la parade? Parce que, dans ton rôle de leader, ton rôle de surintendant d’éducation, j’imagine qu’il faut être à l’affût. Comment on fait?
Tracey-Lynn : Pour moi, c’est de se poser de bonnes questions. On reconnaît comme personne qu’on ne connaît pas tout, donc il faut se poser de bonnes questions par rapport à qu’est-ce qu’on connaît. Qu’est-ce qu’on comprend? Qu’est-ce qu’on ne connaît pas? Où est-ce qu’on devrait aller? Surtout comme conseiller scolaire, comme équipe et autres. Pour trouver ces réponses-là, c’est s’appuyer sur ses collègues, de participer à des conférences, bien se réseauter, se permettre aussi de savoir qu’on n’est pas la source du savoir, mais vraiment qu’on va trouver la réponse quand on ne l’a pas. Une humilité aussi, c’est ce que j’essaie de dire. Une humilité à savoir qu’on n’est pas la source du savoir, mais vraiment qu’on a une équipe autour de nous qui peut nous appuyer.
Louis : Là, je prends plein de notes de ce que tu viens de dire parce que je trouve ça extraordinaire. Le dernier qui dit avoir de l’humilité, c’est la première fois que quelqu’un parle d’humilité, et je trouve ça intéressant. On développe ça comment, l’humilité? Ça se développe-t-il ou c’est naturel ou je ne sais pas quoi?
Tracey-Lynn : C’est une bonne question, je ne suis pas certaine. Pour moi, c’est quelque chose qui est extrêmement important. Puis, peut-être que je peux donner un peu de contexte.
Louis : [inintelligible 00:09:07]
Tracey-Lynn : Lorsque je suis devenue surintendante, je travaillais avec une équipe qui était mes collègues, c’étaient mes pairs, c’est les directions, les directions adjointes et autres. Une fois que tu deviens surintendante, qu’est-ce qui fait que, du jour au lendemain, que tes connaissances sont supérieures à les leurs? Qu’est-ce qui fait que tes avis sont meilleurs? Qu’est-ce qui fait en sorte que, tout à coup, toi, ton mot a plus de pouvoir que quelqu’un d’autre? Pour moi, il n’y a rien de ça.
C’est un titre, nos responsabilités sont uniquement différentes, mais ça ne fait pas en sorte que j’ai plus de valeur, de poids que toi. Ça fait simplement en sorte que j’ai la capacité, à cause du titre, de guider certaines directions, de faire des suivis que, peut-être que, la personne n’aurait pas accès à faire. Quand on parle d’humilité, pour moi, c’est de toujours maintenir un grand respect pour les gens qui sont à tous les niveaux. Que ce soit une personne clé dans ma vie, qui est mon adjointe administrative, que ça soit les directions, que ça soit les gens qui œuvrent au niveau des éducateurs, éducatrices, enseignants. Ça, c’est tous des gens qui ont énormément à offrir et qui ont autant de poids, autant de valeur que moi parce qu’ils sont en contact direct avec les élèves et autres. Mon rôle n’est pas plus important qu’un autre rôle. Je m’assure toujours de ne pas m’appuyer sur mon titre, mais bien m’appuyer sur la personne que je suis, la volonté de toujours faire du bon, d’être la meilleure personne que je puisse être.
Quand on s’entoure de bonnes personnes, on devient encore meilleur parce qu’on a une équipe qui nous soutient, on a une équipe qui nous passionne, on a une équipe qui nous guide, qui s’aligne avec nous. On se dit les vraies choses, on avance ensemble. Ça, ça fait en sorte que, quand tout le monde a une certaine humilité, ensemble, on est fort. Parce qu’il n’y a personne qui se pense meilleur qu’un autre.
Louis : Je dois utiliser un terme anglais. J’imagine que travailler avec toi, c’est comme travailler dans un dream team parce que tu mets la personne en premier. C’est ce que j’entends de ce que tu dis. J’imagine qu’une de tes responsabilités, puisque tu le fais, c’est que tu donnes des ailes aux gens autour de toi.
Tracey-Lynn : J’espère. Travailler avec une dream team, je pense que c’est mon équipe qui est l’équipe qui est importante par rapport à ceci. Comme j’ai mentionné, c’est un respect mutuel. Comme les gens avec lesquels je travaille, je crois, et j’estime qu’on a un respect mutuel. Ils m’apprécient pour qui je suis, mais j’ai énormément de respect pour qui ils ou elles sont aussi. J’ose croire que oui, je leur donne des ailes, mais en retour, ces gens-là me donnent beaucoup d’élan aussi.
Louis : Là, si l’on transfère ça en salle de classe. À ton niveau, c’est un peu donner du pouvoir aux gens. Ça ne fait pas peur, donner du pouvoir?
Tracey-Lynn : Absolument pas parce que les gens méritent ce pouvoir-là. Les gens ont la capacité de l’entreprendre aussi au niveau de leur fonction. Quand on enlève le pouvoir des gens, on leur enlève tout. Ces gens-là sont spécialistes dans leur domaine, puis [inintelligible 00:12:33] la première à admettre. Les enseignants ou des connaissances que je n’ai probablement plus parce que je suis moins main à la pâte. Les éducateurs et éducatrices ont des connaissances par rapport à la gestion de comportement, les appuis que je ne pratique plus.
Ils méritent ce pouvoir-là parce qu’ils sont les experts dans le domaine. On leur fait énormément confiance parce que c’est eux qui travaillent directement avec les élèves. Non, ça ne me fait pas peur de donner le pouvoir. C’est ça.
Louis : Parce que je vais appliquer ça en salle de classe. Pas juste une impression, je pense que c’est aussi important de le faire avec ses élèves. Comment on convainc un prof? Parce que, dans le milieu de l’éducation, on veut tout contrôler, on veut s’assurer que tout va bien, on veut que tous nos élèves apprennent. Là, on leur dit : « Il faut que tu donnes du pouvoir à tes élèves. » Comment est-ce qu’on convainc un prof qui n’est pas certain de ça parce qu’il veut super bien réussir? Qu’est-ce qu’on dit?
Tracey-Lynn : C’est une bonne question, très chargée. Je ne suis pas certaine de recommencer. Essentiellement, il faut se poser la question de, pourquoi est-ce qu’on ne veut pas donner le pouvoir? Parfois, c’est peut-être une inquiétude de, si l’on donne le pouvoir, est-ce que les choses iront moins bien? Est-ce que c’est un trait de personnalité? Est-ce que c’est une inquiétude que l’enfant ne va peut-être pas bien réussir ni vivre des situations de réussite?
Ensuite, il va aller de l’autre côté pour dire : « C’est quoi le pire qui va arriver si l’on donne le pouvoir? » Dans le fond, c’est vraiment une réflexion, à savoir pourquoi est-ce qu’on ne donne pas le pouvoir? Puis, prendre des étapes pour, justement, remettre le pouvoir aux enfants. Si c’est le fait, une des inquiétudes, par exemple, ça serait que l’enfant ne va pas vivre une situation de réussite, là, on lui apprend à rebondir. Comment est-ce qu’on rebondit? Comment est-ce qu’on apprend de nos erreurs? Parce qu’en donnant le pouvoir aux gens, on leur donne aussi la confiance qu’ils sont capables de prendre le pouvoir.
La confiance, vraiment, pour moi, c’est une des recettes de réussite qui fait en sorte que les gens vont foncer. Ils vont avancer parce qu’ils sont confiants, ils vont avoir des idées, peut-être, hors de la boîte, ils vont tenter de faire quelque chose qui est hors de l’ordinaire. Ils vont essayer toutes sortes de choses parce qu’ils ont confiance, mais ils vont aussi rebondir parce qu’ils ont confiance. Ils ont planté, ce n’est pas bien d’aller, mais je suis capable de faire mieux, je vais me reprendre, j’ai confiance et je continue. En ne donnant pas le pouvoir aux gens, on leur vole cette occasion de se développer et de bâtir leur confiance. C’est très important de donner le pouvoir aux autres.
Louis : Finalement, encore dans le contexte de salle de classe, on donne la chance aux élèves de briller, puis d’être, d’être entouré, corrige-moi si– La vision d’une bonne personne enseignante, c’est quelqu’un qui est capable justement de donner. Là, on ne voit pas mon geste, mais c’est comme si je te dis : « Vas-y, tu es capable. Aie confiance, je suis avec toi. » C’est un rôle de coach, d’entraîneur, un rôle d’accompagnateur, un rôle de– Puis, comme tu as dit tantôt, on n’a pas toute la connaissance, donc en salle de classe, si je donne confiance à mes élèves, ça se peut qu’ils me surprennent finalement.
Tracey-Lynn : Absolument. Ça revient un petit peu. À un moment donné, il y avait comme un concept de push and support. Tu pousses l’enfant à faire quelque chose de nouveau, mais tu l’appuies. Il y a une préparation à dire : « Regarde, là, éventuellement, on te prépare à faire ceci. » Ce n’est pas juste, on te lance en bas du nid, puis, si tu voles, tu voles, tu ne voles pas, bien, c’est désolé.
On l’appuie, on le prépare mentalement, on le prépare comme au niveau de ses connaissances et autres. On le pousse à le faire, parfois un peu plus fort que les autres, puis, ensuite, quand ça va mal, là, on revient, puis on l’appuie pour dire : « Okay, qu’est-ce qui n’est pas bien allé? On se reprend, tu es capable de bien faire. Voici nos forces, voici nos faiblesses. On se reprend, vas-y. » Le push and support.
Louis : C’est sûr que, quand j’enseignais dans ma classe de huitième année, au début de l’année, je disais toujours à mes élèves : « On va aller aussi loin que vous allez vouloir aller finalement parce que mon job, c’est de pousser au maximum, puis t’accompagner. » Aujourd’hui, en 2025, c’est quoi les compétences les plus importantes à développer? Peux-tu les prioriser?
Tracey-Lynn : C’est sûr qu’il y a toutes les compétences, académiquement, on se comprend, [inintelligible 00:17:27] et autres. Pour moi, c’est vraiment au niveau des compétences mondiales. Une des compétences pour moi importante, c’est la communication parce que, lorsque tu communiques bien, tu vas pouvoir partager ce à quoi tu penses, qu’est-ce qui va, qu’est-ce qui ne va pas. Tu as la confiance d’approcher les gens, aussi d’aller chercher les réponses que tu as besoin.
Définitivement, une des compétences pour moi, c’est la communication. C’est certain qu’on parle d’avoir l’initiative, mais si tu t’inquiètes pour parler, tu ne peux pas mettre en œuvre ton initiative. C’est sûr, il faut que tu sois résilient. Encore, cette peur d’exprimer ta vision se concrétise moins bien. La communication.
Louis : Est-ce que tu penses qu’on communique bien dans le balado? Ça va bien?
Tracey-Lynn : Oui, absolument. [rires]
Louis : Tu sais que j’aime beaucoup la technologie. La place de la technologie là-dedans, c’est quoi? On a parlé de prendre soin des gens, on a parlé de développer des compétences, développer de la confiance, donner du pouvoir. Là, j’ai l’impression qu’on est dans un monde où est-ce que la technologie prend de plus en plus d’espace et à l’école aussi. Là, avec la venue de l’intelligence artificielle, on a l’impression que, là, tout le monde est centré. C’est quoi ta vision par rapport à l’utilisation de la technologie à l’école?
Tracey-Lynn : Je pense qu’on ne peut pas éviter d’intégrer la technologie et que ça soit un grand faux pas d’éviter d’intégrer la technologie. Ça revient vraiment à la stratégie et à la vision. Je n’en cacherai pas. Je crois,, parfois que les élèves sont juste simplement trop branchés. Je crois que la technologie prend trop une grande place dans leur vie, que ça soit personnel ou même au sein de l’école. La technologie a un rôle extrêmement important, mais la façon qu’on l’intègre à un rôle encore plus important.
C’est toujours la réflexion par rapport à comment est-ce qu’on va vraiment la mettre au service de l’apprentissage. Est-ce que c’est quelque chose où l’élève doit le faire par l’entremise d’une technologie? Parce qu’il y a quand même la place à développer sa motricité, écrire sur un papier, toucher du papier, comme être tactile dans notre fonctionnement. Il y a une grande stratégie, une grande réflexion à avoir. Est-ce que j’ai la réponse à tout ça? Non, absolument pas. Je crois que personne l’a encore, mais il y a une grande réflexion à avoir pour préparer nos jeunes aussi à cet équilibre-là. Oui, l’intelligence artificielle, définitivement, ça nous appuie. Il y a une importance à l’intégrer, mais encore, le risque à ce que ça devienne une béquille. Il faut être prudent, il faut bien préparer nos jeunes, il faut avoir une réflexion, établir une grande vision autour de l’intégration des technologies.
Louis : Tu parles de risque. Selon toi, c’est quoi le risque?
Tracey-Lynn: Le risque, on se comprend que, si l’on s’appuie trop sur la technologie, on ne développe pas nécessairement certaines compétences qui sont importantes. Si l’on pose la question à une plateforme, à quelqu’un qui va nous remettre le résumé constamment, puis on accepte le résumé, ça fera valider les informations, réfléchir [ininelligible 00:20:58]. Il y a des risques par rapport à ceci.
Puis, je ne veux pas éviter d’intégrer la technologie, mais je veux montrer aux jeunes comment est-ce qu’on s’en sert comme première étape. Ensuite, on bâtit sur ce qu’on a reçu de l’intelligence artificielle. On ne veut pas enlever à la pensée critique, on ne veut pas enlever la capacité de discerner des informations qui sont peut-être fausses de celles qui sont véridiques, de bonnes sources. Il y a plusieurs aspects que les élèves doivent apprendre pour utiliser efficacement la technologie.
Louis : Qu’est-ce qu’on dit, encore une fois, à la personne enseignante qui est très consciente, qui n’est peut-être pas très techno, et puis que la personne se rend compte que ses élèves utilisent l’intelligence artificielle? Qu’est-ce qu’on dit à cette prof-là?
Tracey-Lynn : J’ai pu passer par là parce que, quand j’ai commencé à travailler à TacTIC, je n’étais pas la personne qui était la plus connaissante en technologie. Encore, se donner droit de se comprendre, qu’on ne connaît pas tout, qu’on n’est pas expert en tout, puis on a le droit d’être vulnérable. Pour cette personne-là, je dirais la première chose, ça serait d’avoir une réflexion pour dire : « Qu’est-ce qui me fait peur? Qu’est-ce que je veux faire par rapport à ceci? » Ensuite, d’approcher ses élèves, puis, probablement, poser la même question : « Qu’est-ce que c’est la technologie pour vous? Pourquoi c’est important? Comment est-ce qu’on veut l’approcher? Quels sont les risques? Quel est l’avantage? Comment est-ce que, comme équipe, on va cheminer? »
Les élèves seraient très heureux d’expliquer à l’enseignant comment il s’en sert : « Tu sais quoi? », puis, ensuite, toujours te dire : « Qu’est-ce que tu penses qu’il y a? » Comme poser la question à l’élève : « Tu fais ceci avec la technologie? Intéressant, mais est-ce que tu penses qu’il y a un risque? Qu’est-ce que tu penses qui peut arriver? » Vraiment avoir des dialogues, puis laisser les élèves guider cette personne-là aussi parce que ça, ça fait que ça démystifie le rôle de l’enseignant qui est toujours le maître des connaissances. Ça permet à l’élève, justement, de développer sa confiance, puis être en pouvoir au niveau de la salle de classe. C’est un concept très important.
Louis : Finalement, ça me fait penser, quand on parlait de coconstruction des critères, c’est comme si, avec ce que tu dis, j’ai l’impression que, si j’étais prof aujourd’hui dans une salle de classe, je coconstruirais avec mes élèves un code d’utilisation de la technologie dans ma classe, comme : « Oui, l’intelligence artificielle, pour ça. Non, pour ça. Là, ça dépend. » Si on le crée ensemble, finalement, ça va nous faire cheminer. C’est très intéressant, ça, je trouve.
Tracey-Lynn : Absolument. Ou même l’intelligence artificielle au départ, mais ensuite, on valide les sources. On va revoir, on révise. Moi, je m’en sers souvent juste comme point de départ. Si j’ai écrit un document, un texte, un discours, un message de bienvenue, je m’en sers pour susciter les idées, mais je mets les premières idées, il me remet quelque chose avec une formulation, ensuite, je pars de là. Ça me sauve juste la première étape, vraiment, d’ébauche, de bruit rond, de formulation de phrases et autres.
Là, attention, tu es Céline. C’est quoi? Atrophier ton cerveau si tu fais ça. Je lisais un article la semaine passée qui disait que notre cerveau, facilement, il s’habitue. Je fais des farces, mais oui parce que je donne toujours cette image-là. L’intelligence artificielle, c’est comme si l’on a un assistant ou une assistante à côté de nous. Je peux lui demander plein de choses positives ou négatives, il va toujours répondre. Des fois, ces réponses, il y a des bulles de cerveau qu’il va falloir qu’on vérifie parce que ce n’est pas toujours le cas. Ce n’est pas toujours bon.
Si je l’utilise encore une fois, puis tu le dis, c’est dans le comment je l’utilise, puis l’intention, puis sa raison d’être. Je trouve ça très intéressant. Qu’est-ce qu’on dit aux parents? Parce que j’imagine que, dans ton rôle, tu te retrouves à rencontrer des parents. C’est quoi le rôle du parent, aujourd’hui, à l’école?
Tracey-Lynn : Pour le parent, honnêtement, j’ai plusieurs conversations avec des parents autour de la technologie. Si l’on va un petit peu plus loin que l’intelligence artificielle, c’est important que les parents restent informés. Parfois, les parents ont ce sens-là de croire que le téléphone, le réseau social, les plateformes, comme Instagram et autres, c’est une vie privée pour l’enfant. À un certain point, il faut vraiment se poser une question par rapport à ceci pour dire : « Est-ce qu’on joue vraiment notre rôle comme parent si l’on n’est pas impliqué dans ces aspects-là de la vie de l’enfant? » parce qu’ils sont exposés à toutes nos réalités de commentaires, de fonctionnement, de messages, que ce soit qu’ils reçoivent ou qu’ils acheminent.
Ils ont besoin des parents pour qu’ils soient éclairés. Les parents les guident sur ce chemin-là, c’est au-delà de la vie privée. C’est important que les parents restent informés et impliqués dans la vie de leur enfant. Le message de l’intelligence artificielle, pour moi, est le même. Informe-toi à savoir c’est quoi. Informe-toi à savoir comment, positivement, ça peut influencer l’éducation de ton enfant, aussi, comment est-ce que [inintelligible 00:26:47] ça peut devenir un [inintelligible 00:26:48]. Aie une conversation avec ton enfant pour dire comment tu t’en sors quand–, comment est-ce que c’est utile, puis qu’est-ce que tu fais avec le message, ou est-ce que tu fais simplement copier dans ta dissertation le message? Reste impliqué et pose de bonnes questions, puis ressourcer les voies de communication ouvertes à ton enfant.
[musique]
Louis : Pour écouter la suite de ce balado ou encore pour découvrir les autres épisodes, visitez le site Internet du Centre franco sur « Instituts », sur l’onglet Formation. Vous pouvez aussi les retrouver sur Spotify et sur baladopedago.com, un site qui propose une riche sélection de balados éducatifs en français. Enfin, pour découvrir l’ensemble de nos nouveautés, inscrivez-vous à notre infolettre, consultez nos réseaux sociaux ou visitez lecentrefranco.ca.
[musique]
2e partie du balado
Tracey-Lynn Foucault : Quand on approche les gens avec une sympathie, une compréhension, une validation d’émotion, la conversation, souvent, devient plus facile, ce n’est pas une confrontation.
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Louis : Bienvenue aux conversations pédagogiques avec des passionnés! Initiée par le Centre franco, cette série de balados nous présente des professionnels qui excellent en éducation. Dans cette deuxième partie, Tracey-Lynn Foucault revient sur l’importance d’une communication ouverte, toujours dans le respect mutuel. Elle nous rappelle qu’il ne faut pas fuir les situations difficiles et nous encourage à donner du pouvoir aux gens avec qui nous travaillons. En somme, elle nous ramène à l’essentiel : avancer ensemble.
[musique]
Louis : C’est beau de dire « se tenir informé ». Admettons que je fais une recherche sur l’intelligence artificielle sur Internet. Je vais avoir des millions de– Je suis dépassé. Comment je fais pour justement être bien informé?
Tracey-Lynn: Bien informé. Premièrement, la source première, je crois, c’est d’établir cette bonne communication avec ton enfant. Ça revient à donner le pouvoir à ton enfant de lui dire : « Écoute–
Louis : Encore.
Tracey-Lynn: –mon enfant, il va falloir que tu m’aides. » Je le fais avec mes enfants, souvent, de dire c’est quoi Instagram [inaudible 00:01:50]. Plusieurs années passées, peut-être tu ne peux pas ne pas parler d’Instagram, les messages, ils envoient une photo, ils envoient un message, pourquoi pas la photo? Comme personne ne veut voir la photo, c’est vraiment le message. Pourquoi pas un texto dans ce cas-là?
Les enfants vont nous le dire, puis d’autres parents, les enseignants, le conseil scolaire, si l’on pose les bonnes questions, si c’est un besoin chez les parents. Les parents nous approchent pour dire c’est quoi l’intelligence artificielle, comment ça va affecter la vie de nos enfants, l’éducation? Le conseil peut possiblement se pencher, à un moment donné, offrir une formation. C’est de poser les questions, puis d’aller voir les gens, c’est se réseauter parmi d’autres parents ou autres.
Louis : C’est–
Tracey-Lynn : Excuse-moi.
Louis : Oui, vas-y.
Tracey-Lynn : Il ne faut juste pas éviter parce que plus on évite, plus on dit encore, ça revient à limiter la vulnérabilité. Si l’on évite de dire : « Je ne connais pas ça. », puis je ne vais juste pas en parler parce que je me sens incompétent de ne pas savoir, ça devient un risque parce que, là, tes enfants vont vraiment discerner que : « Oh! Papa, Maman ne savent pas c’est quoi, puis là, c’est la carte blanche pour moi. » Continue à poser la question. Tu n’auras peut-être pas toutes les réponses. Tu ne vas peut-être pas développer tes connaissances, mais, au moins, l’enfant va savoir que tu sais que ça existe, puis tu poses les bonnes questions.
Louis : J’aime beaucoup l’image d’une rivière. Si tu te baignes dans la rivière, tu as le choix de te laisser flotter, mais si tu te laisses flotter, le courant t’emmène, tu ne décides rien et puis, à un moment donné, il y a une chute, une rapide, et cetera, tu ne sais même pas parce que– Si tu prends le risque de nager, tu vas décider où tu vas aller et c’est toi qui est maître, c’est toi qui décides. De prendre la décision de s’intéresser, de poser des questions, de faire de petites recherches, de consulter aussi parce qu’il y a peut-être d’autres parents, des collègues, le prof, la direction, je ne sais pas qui, qui fait en sorte que c’est– On dit toujours que, dans un voyage, oui, la destination est importante, mais le voyage est aussi important, le–
Tracey-Lynn : — le trajet–
Louis : –trajet pour se rendre.
Tracey-Lynn: Absolument. C’est ça. Un petit à-côté pour l’analogie que tu as présentée, c’est que c’est facile se laisser flotter, c’est peut-être réconfortant, c’est relaxant. Quand on nage, surtout si l’on nage à contre-courant, c’est un investissement, mais ça porte fruit à long terme. Parce que là, on va aller où est-ce qu’on veut aller. On est un petit peu plus en contrôle par rapport à notre trajet. Pour les parents, c’est de ne pas tomber dans le piège de juste se laisser flotter, puis de laisser le courant les emporter parce qu’on ne sait pas trop, on ne veut pas trop placer les cages ou poser trop de questions. Implique-toi, c’est de l’effort, mais implique-toi, c’est important. À long terme, ça va définitivement porter fruit.
Louis : Ça, c’est bon, je n’avais pas pensé. Nager, c’est un investissement qui vaut la peine.
Tracey-Lynn : Oui.
Louis : Je vais l’utiliser la prochaine fois dans mon analogie. [rires]
Tracey-Lynn : [rires] On va rajouter à ton histoire.
Louis : Parce que, finalement, on veut se bâtir sa propre capacité. C’est ça qu’on veut faire. Parce qu’il y a des parents qui disent : « Oui, mais je veux aider mon enfant, mais je ne sais pas comment. » Ça, c’est en termes pédagogiques, on a tous eu des parents, à un moment donné, qui voulaient faire le travail pour l’élève ou qui, entre autres, disaient : « Je vais lui montrer comment on fait telle ou telle chose en mathématiques, je vais faire ses devoirs pour lui, pour elle. » Bâtir son autocapacité.
Tracey-Lynn : Absolument. Bâtir la capacité de son enfant. Encore, ça revient au concept de lui donner le pouvoir. Quand tu veux faire le travail de l’enfant, autant que c’est bien intentionné, ce que tu es en train de dire à l’enfant, c’est : « Laisse-moi le faire, toi, tu n’es pas capable ou tu ne le feras pas aussi bien que moi. » Ça, c’est enlever énormément de pouvoir et de confiance à un enfant, selon moi. Au lieu, c’est plutôt : « Regarde, j’ai confiance, tu vas bien faire, fais le meilleur de toi-même. Si tu as besoin d’un petit peu d’appui, écoute, je suis ici pour te guider. Comme tu sais, je ne vais rien investir. Je vais te donner des idées, mais vraiment, ça vient de toi. »
Parce que peut-être que, si l’on fait le travail comme parent, c’est un pansement. La note est bonne, tout le monde est content, mais à court terme, il faut vraiment que tu penses à long terme. Peut-être le résultat va être moins bien la première fois, peut-être qu’il va avoir des déceptions, mais ça fait en sorte que, là, on réévalue pour dire : « Si tu n’es pas satisfait avec la note que tu as eue, qu’est-ce que tu vas faire la prochaine fois, et puis comment est-ce que je dois t’appuyer davantage? »
Là, on est en train de remettre le pouvoir à l’enfant, de gérer. Pour moi, honnêtement, je crois que c’est un des défis chez notre société. On veut trop que les choses aillent bien pour nos enfants, puis on fait beaucoup pour eux, et l’on gère leurs conflits, puis on leur enlève le pouvoir d’être capable de savoir qu’ils sont capables de gérer les conflits. Ils vont tomber, ils vont verser des larmes, ça va faire mal, mais tu es capable. Comme parent, c’est difficile de voir ça. On veut les protéger, on est vraiment tentés de leur dire qu’ils ne sont pas capables de faire de même.
Louis : J’ai l’impression que tu as déjà dit ça à quelqu’un.
Tracey-Lynn : [rires] Oui. Mes enfants, c’est ça, ils disent toujours : « Pourquoi est-ce que tout est une leçon de vie avec toi? »
Louis : [rires] Ah, voilà! C’est parce que je réfléchis à ce que tu viens de dire. Je trouve ça très intéressant. Dans le cadre de ton travail, c’est facile à appliquer, ce que tu viens de dire J’ai l’impression que, pas toujours, je peux me tromper, mais plus on monte dans la hiérarchie, plus on veut, on a les mots, on sait, et cetera, mais les impacts sont tellement grands. Est-ce que c’est réaliste, ça? On peut faire ça, tu penses?
Tracey-Lynn : Qu’est-ce qui est plus difficile dans le cadre de mon travail? C’est qu’il y a comme une bataille entre les convictions personnelles et les convictions professionnelles. Mes convictions personnelles, c’est la philosophie avec laquelle moi, j’ai élevé mes enfants et mon fonctionnement personnel, familial. Sauf que, lorsque ça vient à la vie professionnelle, ces enfants-là sont le produit de peut-être une famille qui a une différente philosophie. Si l’on impose certaines convictions comme ça, on n’a pas nécessairement préparé le terrain, ni pour l’enfant, ni pour le parent.
On veut cheminer ou évoluer vers ceci parce qu’évidemment on veut bâtir l’autonomie de l’enfant, on veut bâtir sa confiance, sa crédibilité et autres, mais on ne peut pas juste le lancer hors du nid, puis penser qu’il sait voler quand on ne lui a jamais montré comment voler. C’est un mélange entre les deux et c’est pour ça que c’est un peu plus embrouillé. Ce n’est pas aussi noir et blanc, mais on reconnaît quand même l’importance de bâtir la capacité de l’enfant, le rendre redevable et impliqué dans la solution. Définitivement, on chemine vers ceci.
Louis : Je pense que le fait d’en être conscient de ça, puis de le verbaliser– Si je me retrouve devant toi, puis je dis : « Je comprends que, pour vous, telle chose est une valeur importante. », mais, dans un cadre scolaire, peut-être que les valeurs sont tweakées un petit peu là, dans le sens que, je veux dire, toujours arriver en retard, ça ne vous dérange pas, mais peut-être qu’il y a un impact en salle de classe si votre enfant arrive toujours en retard le matin, puis qu’il manque sa leçon de mathématiques. Je dis ça comme ça.
Tracey-Lynn : Oui, c’est ça.
Louis : Je trouve ça– Des fois, je n’ai plus rien à dire parce que c’est tellement riche que mon cerveau dit : « Okay, là, Louis, réfléchis là-dessus parce que tu en as pour un bout. » C’est vraiment intéressant. En même temps, on se dirige vers des conversations courageuses, des fois, là.
Tracey-Lynn : Absolument.
Louis : Est-ce que c’est facile d’encourager, mettons, les directions ou les professionnels avec lesquels on travaille d’avoir des conversations courageuses?
Tracey-Lynn : Oui. Il y a une raison qu’on l’appelle une conversation courageuse.
[rires]
Louis : Oui, ça demande un petit peu plus de « Hop! », c’est ça.
Tracey-Lynn : C’est ça. Ce n’est pas facile. Ce n’était pas facile quand j’étais enseignante, ce n’était pas facile quand j’étais à la direction, puis ce n’est pas plus facile quand je suis surintendante. Par le temps que ça tombe sur mon bureau, c’est un volcan. Tout ça pour dire que, non, ce n’est pas facile, mais est-ce que c’est important et incontournable? Absolument. C’est vraiment dans la façon qu’on l’approche. Ce que j’ai appris au cours des ans, ça revient à un respect mutuel. J’ai été parfois la personne qui a dû appeler pour parler d’une insatisfaction. Ce n’est pas par méchanceté, c’est parce que j’y tiens à cœur.
Parfois, les gens peuvent prendre ça comme une attaque personnelle pour dire– Ce n’est pas toujours. Parfois, ce n’est pas le cas, mais ce n’est pas toujours personnel. Les gens veulent valider quelque chose qui leur tient à cœur, puis veulent faire en sorte que ça a été partagé, puis qu’il y ait quelqu’un qui le reconnaisse pour voir s’il y a un changement qui peut être fait. Quand on approche des gens avec une sympathie, une compréhension, une validation d’émotion, la conversation, souvent, devient plus facile, et ce n’est pas une confrontation. Là, c’est, vraiment, je comprends, je sympathise.
Qu’est-ce qu’on peut faire ensemble? Parfois, c’est d’admettre, de dire absolument, on n’a pas été notre meilleur, c’est quelque chose qu’on n’a pas appris. C’est un concours de circonstances que ça s’est passé comme ceci. Si l’on avait à retourner dans le passé, évidemment, on voudrait que ça ne se passe pas comme ça, mais c’est arrivé. On s’en excuse. On prend la responsabilité, puis la prochaine étape, on dit, mais qu’est-ce qu’on fait maintenant. Qu’est-ce qu’on peut faire pour vraiment continuer à bien collaborer et se comprendre et maintenir des voies de communication ouvertes. Toujours pour l’intérêt commun qu’est l’enfant.
Louis : Parce que, finalement, entre ce qui est dit et le vrai message, des fois, il y a une différence.
Tracey-Lynn : C’est ça.
Louis : C’est parce que je me souviens d’une situation, mettons, un parent qui était fâché dans mon bureau quand j’étais à la direction d’école. Là, moi, je leur dis : « Ce que j’entends, c’est que vous aimez votre enfant, puis vous aimeriez qu’il réussisse. » Là, comme tu dis, ça a changé le paradigme de la conversation qu’on venait d’avoir ensemble. Parce que, finalement, une conversation, c’est d’être– Là encore, on n’a pas de visuel, mais je mets mes deux mains, qui fait en sorte qu’on veut être sur la même longueur d’onde quand on se parle. Souvent, les conflits, c’est quand on est parallèle, mais pas sur la même longueur d’onde.
Tracey-Lynn : C’est exactement ça. Par exemple, un cas qui se passe beaucoup en province, manque d’appui pour les élèves à grands besoins. Les parents, la première chose que je leur dis : « Je comprends ta situation, j’« empathise ». Je te remercie d’être l’avocat de ton enfant parce que, justement, l’enfant ne peut pas exprimer ses besoins. Voici notre réalité, voici ta réalité, qu’est-ce qu’on fait maintenant? Comment est-ce que tu vois sur les prochaines étapes reconnaissant ma réalité, ta réalité? » Souvent, ça calme les esprits, puis on comprend les inquiétudes et autres. Il faut juste trouver un pied d’égalité où l’on peut avancer ensemble.
Ce n’est pas un parent puis une surintendante, ce n’est pas un pouvoir. C’est une collaboration qu’on jumelle ensemble. C’est la même chose pour les enseignants parce que, parfois, les enseignants sont inquiets de communiquer avec les parents parce qu’ils ne veulent pas que les parents aient des revendications par rapport à qu’est-ce qui va bien, qu’est-ce qui ne va pas bien. Dans le fond, c’est un intérêt commun. C’est vraiment de comprendre la perspective du parent pour dire : « À quoi tu t’attends? Où est-ce qu’on s’en va? Qu’est-ce que tu vois qui ne va pas bien? »
Ensuite, le parent va être la personne qui va t’appuyer le plus à long terme parce que, quand ça ne va pas bien, tu vas pouvoir communiquer avec le parent, puis le parent va avoir une conversation avec son enfant, tout le monde fait équipe. C’est quand on ne fait pas équipe que ça ne va pas bien. Moi, j’appelle ça un mariage dysfonctionnel. L’enfant est seul, c’est qui jouer un contre l’autre. Ça, ce n’est pas une bonne relation. Ce n’est certainement pas à l’avantage de personne. L’enfant–
Louis : Il n’y a personne qui gagne.
Tracey-Lynn : Il n’y a personne qui gagne. C’est ça. C’est important d’avoir ces conversations-là ou de bien commencer à tenir de bonnes voies de communication ouvertes, respect mutuel.
Louis : Une des qualités que tu as, chère Tracy Lynn, c’est que ta capacité d’écoute est incroyable. Franchement, je sens ça beaucoup dans notre conversation aujourd’hui. Vraiment, être à l’écoute, ça fait partie de toi parce que les réponses que tu donnes, je trouve qu’ils sont remplis de sagesse. Tu parlais au départ d’humilité, mais de sagesse aussi. Là, le temps avance, ma chère. On pourrait continuer à parler comme ça, mais je sais que, dans le petit gabarit que je t’ai envoyé au départ, je t’ai dit que j’aimerais que tu nous parles d’une ressource que tout le monde devrait connaître. Ça serait laquelle et pourquoi?
Tracey-Lynn : C’est ça. J’ai sorti un petit peu de la boîte parce qu’habituellement, lorsqu’on parle des balados comme ça, on parle de leadership « managériel » et autres. Moi, je suis allée voir vraiment l’élève parce qu’on existe, puis on est dans la profession pour l’élève. La ressource que je recommande aux gens, ça m’a été recommandé par la direction en bien-être et en inclusion. Ça s’appelle La Société anxieuse. L’auteur, c’est– Vas-y.
Louis : La Société anxieuse, c’est le titre.
Tracey-Lynn : Oh, pardon! C’est La Génération anxieuse.
Louis : Okay. Ce n’est pas grave. Titre : La Génération anxieuse.
Tracey-Lynn : La Génération anxieuse, c’est ça, de Jonathan Haidt.
Louis : Okay. Tu épelles ça comment, Haidt?
Tracey-Lynn : H-A-I-D-T.
Louis : Okay. Qu’est-ce qu’il nous dit dans son livre?
Tracey-Lynn : Le livre avant, c’est un livre, moi, je l’ai lu en anglais, mais en faisant une recherche, j’ai remarqué qu’il y a une version française. En anglais, c’est The Anxious Generation. Cette personne-ci nous parle vraiment de pourquoi est-ce que nous avons la génération d’élèves que nous avons en ce moment, qu’on remarque que c’est des jeunes qui, peut-être socialement, éprouvent un peu plus de défis, beaucoup d’isolement, parfois des défis par rapport à gérer leurs conflits et autres, puis nous donne des données qui nous expliquent pourquoi est-ce qu’on a évolué vers cette génération aussi. Pour lui, il y a vraiment deux aspects ou deux éléments.
Le premier, c’est comme société, on a peur. On est devenus très prudents par rapport à la liberté qu’on offre à nos enfants. On s’est éloignés vraiment vers un jeu libre pour les enfants où ils ont une liberté d’aller dans le bois, la forêt, aller en bicyclette seul, se promener, prendre des décisions, aller magasiner seul ou peu importe, [inintelligible 00:17:57] d’avoir cette liberté-là. On les a vraiment tenus près de nous pour toujours les protéger. Le deuxième élément est qu’on a intégré quand même toute la technologie qui fait en sorte que les enfants sont sur les réseaux sociaux, sont devant les écrans, qui ont un effet, quand même, sur l’enfant, une validation instantanée d’être sur les réseaux sociaux.
Là, on a développé une société d’enfants qui, justement, sont plus isolés, sont moins sociales, sont moins capables de gérer leurs conflits, sont moins résilients, anxiété, d’insomnie. Pour ajouter à ceci, comme il y a une bonne collecte de données qui présente ceci, puis il présente la ligne du temps dans laquelle on a vécu ceci, mais il présente aussi des solutions. Où est-ce qu’on va maintenant? Qu’est-ce qu’on fait? Quelles réflexions est-ce qu’on doit avoir? Ce n’est pas évident. Ça a pris du temps de s’y rendre, comme on parle de probablement 10-15 ans. Ça va prendre un bout de temps pour s’en sortir. Peut-être plus que 10-15 ans, mais on peut s’en sortir si l’on prend la bonne direction, puis on se pose les bonnes questions.
Louis : La ressource, je rappelle le titre : La Génération anxieuse de Jonathan Haidt.
Tracey-Lynn : C’est ça.
Louis : Là, on arrive justement à la dernière question. Tracy Lynn, je te donne un mot, une expression, et tu me donnes deux-trois phrases. La première, c’est justement « solution face à la génération anxieuse ». Une solution, ça serait quoi?
Tracey-Lynn : Pour moi, comme parent, reste en communication avec ton enfant et pose-lui des questions. Comprends sa vie sociale sur les réseaux. C’est important de rester branché avec ton enfant par rapport à ceci. Ne le vois pas comme une vie privée qui est vraiment exclue de ton rôle parental. Ça t’appartient. C’est ta responsabilité même comme parent.
Louis : Merci. Prochain mot : les mathématiques.
Tracey-Lynn : Pas ma force.
[rires]
Tracey-Lynn : Ça, c’est la force de ma fille. Honnêtement, je pense à mon époux et à ma fille, les deux adorent les mathématiques. Ma fille est en comptabilité. Quand je pense à mathématiques, je pense honnêtement à eux.
Louis : Okay. C’est bon parce qu’en même temps, même si ce n’est pas ta force, tu n’as pas brimé ta fille.
Tracey-Lynn : Non, c’est ça.
Louis : C’est bon, ça. C’est parce qu’en mathématiques il y a un courant qui dit : « Transférer sa peur des maths sous la– », soit on n’aime pas les mathématiques. Toi, tu ne l’as pas fait parce que ta fille est en comptabilité.
Tracey-Lynn : Ce n’est pas que je ne suis pas bonne en mathématiques, j’étais bonne en mathématiques, ça ne me passionne pas.
Louis : Okay, passons. Prochain mot : développement professionnel.
Tracey-Lynn : Très important. Toujours sortir le meilleur de soi, de rester en cheminement, de savoir qu’on n’est pas les êtres de tout savoir, de cheminer, de battre la capacité des autres. Mot très important pour moi.
Louis : Là, je te donne la permission d’ajouter quelques phrases au prochain mot ou expression. Si tu étais ministre de l’Éducation, quel serait ton premier geste? On ne parle pas de donner de l’argent supplémentaire. On enlève la question argent. Qu’est-ce que tu ferais?
Tracey-Lynn : Je prendrais le temps de comprendre la réalité des conseils. Je prendrais le temps de voir où sont les forces, où sont les aspects améliorés, qu’est-ce que les gens ont besoin pour vraiment offrir la qualité d’éducation qu’on veut absolument offrir. Meilleure compréhension de la situation, meilleure communication, meilleure ouverture d’esprit par rapport à écouter ce que les gens ont à dire parce qu’il y en a beaucoup, il y a de très bonnes suggestions. À tous les niveaux. Que ça part à tous les niveaux dans les écoles, pas seulement les surintendances et les DG.
Louis : Dernier mot. Un mot que tu aurais aimé que je te dise pour que tu puisses commenter.
Tracey-Lynn : Un mot : joie de vivre.
Louis : Okay. Pourquoi?
Tracey-Lynn : C’est important d’avoir une belle perspective sur la vie. Ce n’est pas toujours facile quand la vie nous lance toutes sortes de défis, mais il faut quand même avoir une belle joie de vivre pour rebondir et apprécier tous les aspects de la vie. Il faut rire. Rire, c’est comme une des meilleures choses dans la vie. Chez mon mari, c’est gratuit. Ça lui apporte juste un nouvel élan. Quand on rit, on se sent juste bien.
Louis : Je vais commenter ce que tu viens de dire parce que je lisais, la semaine passée, qui disait que les défis de la vie font en sorte qu’on se construit comme personne, et ça nous permet de mieux vivre. La première fois que j’ai lu ça, je me suis dit : « Ça ne tient pas, ça. » Quand tu y penses vraiment, ça te permet de te développer. J’ai trouvé ça intéressant. Tracey-Lynn, on arrive à la fin. À titre de conclusion, je pourrais faire la conclusion parce qu’on a parlé de plein de choses super intéressantes dans ce balado-là aujourd’hui. Je vais te laisser la chance de conclure notre balado. Conclusion, c’est à toi.
Tracey-Lynn : Oh là là! Ça, c’est trop de pouvoir.
Louis : Non, mais tu as dit qu’il fallait donner du pouvoir, alors je te le donne.
Tracey-Lynn : C’est ça. En conclusion, je ne suis pas habituée à faire des conclusions. Pour moi, je crois qu’on a parlé de plein d’aspects. On a parlé de donner, avoir confiance dans les gens et de développer la confiance dans les gens, justement en leur donnant un certain pouvoir. On a parlé d’être impliqué comme parent, de poser de bonnes questions, ne pas nécessairement avoir peur. Du même côté, par rapport aux enseignants, de s’assurer d’avoir confiance en leurs élèves, de cheminer avec eux et aussi de leur poser les bonnes questions par rapport à leurs besoins.
Maintenir de bonnes communications avec les parents parce qu’on fait toujours équipe ensemble, ça, c’est très important. C’est une optique personnelle peut-être, l’importance de s’assurer de prendre soin de soi-même. Moi, je dis toujours aux gens : « Sois gentil avec toi-même, c’est important, il y en a juste une de toi, si tu ne prends pas soin de toi, il n’y a personne d’autre qui va prendre soin de toi. »
Prends le temps de décrocher, prends le temps d’apprécier les belles choses dans la vie, surtout les choses gratuites, de retourner à la base, d’apprécier un coucher de soleil, les flammes qui dansent dans un feu de camp, de rire avec des gens que tu aimes beaucoup. C’est important de vivre ces situations-là. Quand tu reviens au travail, là, tu donnes 100 %. De connaître quand rester pris dans la tornade, quand dire : « Ça, ce n’est pas une urgence, je décroche, je le gère demain matin parce que je prends soin de moi aujourd’hui, ou en ce moment. »
Louis : Que dire de plus, sinon, merci d’avoir accepté de passer ce temps précieux aujourd’hui ensemble. Merci d’avoir accepté de participer à ce balado. Et puis, je rappelle à tout le monde qu’aujourd’hui je recevais Tracey-Lynn Foucault, qui est surintendante de l’éducation pour le Conseil scolaire catholique Nouvel-Ontario. Merci à Tracey-Lynn.
Tracey-Lynn : Merci, ça fait grand plaisir. Merci d’avoir insisté que je participe avec toi.
[rires]
Louis : C’est bon. À la prochaine!
Tracey-Lynn : Oui, merci.
[musique]
Louis : Merci d’avoir pris le temps d’écouter ce balado. Pour avoir accès aux autres épisodes, visitez le site Internet du Centre franco. Vous pouvez aussi les retrouver sur Spotify et sur baladopedago.com, un site qui propose une riche sélection de balados éducatifs en français. Enfin, pour découvrir l’ensemble de nos nouveautés, inscrivez-vous à notre infolettre, consultez nos réseaux sociaux ou visitez le centrefranco.ca.
