À la rencontre de Maryse Legault… Les apprentissages chez l’adulte


Épisode 19

Maryse Legault, est une pédagogue ayant une expérience d’enseignement de la 1re à la 8e année, passionnée par le processus d’évaluation et l’andragogie.
D’enseignante à conseillère pédagogique en évaluation, ou comme agente d’éducation à l’OQRE ou agente de rendement au Ministère, toutes ses expériences lui ont servi de tremplin pour les différents rôles qu’elle a joués au CSDCEO.

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1re partie du balado

Transcription

Maryse Legault  : Si le formateur est la seule personne qui parle au cours de l’accompagnement, au cours de l’équipe de collaboration ou quoi que ce soit, c’est le seul qui est en train d’apprendre. La personne qui coapprend doit avoir aussi sa propre voix. Il faut lui donner plein d’occasions de parler.

[musique]

Louis : Bienvenue aux conversations pédagogiques avec des passionnés! Initiée par le Centre franco, cette série de balados nous présente des professionnels qui excellent en éducation.

Après avoir enseigné dans une classe de 7e et de 8e année, un niveau qui fut d’ailleurs l’un de ses coups de cœur, Maryse Legault se sentait prête à relever de nouveaux défis. Ainsi, elle occupera par la suite un poste d’agente d’éducation à l’OQRE, deviendra conseillère pédagogique au CSDCEO, puis se joindra au projet phare du Centre franco. Tout le long de sa carrière, deux passions ne la quitteront jamais : l’évaluation en éducation et l’andragogie. Aujourd’hui, je la retrouve à titre de surintendante de l’éducation pour échanger sur ces sujets.

[musique]

Aujourd’hui, j’ai le bonheur d’accueillir Maryse Legault. Maryse et moi, ça fait longtemps qu’on se connaît, on vient du même conseil, mais je suis très heureux de t’avoir, Maryse, aujourd’hui, comme invitée à ce balado. Est-ce qu’on va parler pédagogie?

Maryse : Bien entendu, Louis. Merci beaucoup de m’accueillir aujourd’hui pour ce temps de discussion ensemble.

Louis : Je commence tout de suite avec la question que je pose à tout le monde : est-ce que tu pourrais me dire une de tes passions, ma chère Maryse?

Maryse : Louis, peut-être que tu pensais que j’étais pour te le dire, une de mes passions, c’est l’évaluation. Ça en est une. Aujourd’hui, je veux plus regarder avec toi mon autre passion qui est l’andragogie, le fameux art et la science qui entoure l’apprentissage d’un adulte. Qu’est-ce qui fait qu’un adulte va être motivé et engagé dans son apprentissage? Qu’est-ce qui fait qu’un adulte va retenir son apprentissage? Même, je l’amène un petit peu plus loin, qu’est-ce qu’on peut faire pour que les connaissances erronées ne soient plus là et remplacées par des connaissances qui servent à l’adulte dans son quotidien?

Louis : C’est très relié à ton travail, finalement, ta passion.

Maryse : Très relié à mon travail, les conditions qui entourent l’apprentissage d’un adulte. C’est quoi les conditions maximales?

Louis : Okay. Est-ce que tu fais autre chose que travailler, Maryse?

Maryse : [rires] Je lis aussi en lien avec mes passions, oui.

Louis : Non, mais quelque chose qui n’a pas rapport.

Maryse : Oui. Dans mes passions autres que ça, j’aime beaucoup lire, lire des romans que je n’apprends pas à l’intérieur, et j’aime voyager aussi, Louis. Oui, j’ai d’autres passions aussi, autres que l’apprentissage.

Louis : Il fallait que je pose la question, absolument, parce que ça a l’air que c’est une caractéristique d’un bon balado. Il faut rire aussi. Je m’attends qu’on rit un peu ensemble lors de ce balado-là, mais c’est certain qu’on va parler d’apprentissage, c’est l’adulte, parce que tu sais que, moi aussi, c’est une de mes passions. Qu’est-ce qui fait qu’un adulte apprend? Qu’est-ce qui fait qu’il n’apprend pas? Justement, quand tu te retrouves devant des personnes enseignantes qui débutent leur carrière, qu’est-ce que tu leur dis comme conseil? Admettons qu’ils te posent la question, là, ça serait quoi un conseil que tu donnerais à une personne qui débute dans l’enseignement?

Maryse : Quelqu’un qui débute dans l’enseignement, je le ramènerais à ses propres souvenirs. Un enseignant, une enseignante qui l’a marqué. C’est quoi les caractéristiques de cette personne-là? Souvent, c’est le relationnel, c’est le bien-être, c’est rare qu’on va se souvenir d’un enseignant avec sa meilleure leçon de mathématiques. Souvent, on va s’en souvenir avec les occasions, les apprentissages, les moments de rires, les moments où est-ce qu’on est sorti du cadre pour continuer d’apprendre ensemble.

Quelqu’un qui commence dans l’enseignement et quelqu’un qui est à 30 ans dans sa carrière d’enseignement, je lui dirais la même chose : « Est-ce que tu peux sortir les caractéristiques d’un enseignant qui t’a marqué? Est-ce que tu les as intégrés aussi dans ton enseignement, dans ton quotidien avec tes élèves? »

Louis : Je suis très d’accord avec ce que tu dis et, en même temps, je me pose la question : « Si mon enseignant qui m’a marqué n’est pas en phase avec aujourd’hui, est-ce que ça va influencer positivement ou négativement mon enseignement? »

Maryse : Ça, c’est un beau défi, Louis. Si l’on a eu moins d’occasions gagnantes, si je peux dire ça comme apprenant, je vois ça ensuite un parcours que la personne a, et nous, on l’accompagne dans ce parcours-là. Je m’explique avec une image, Louis. Je pense que tu connais le film Le Magicien d’Oz.

Louis : Oui, avec Dorothée, je pense.

Maryse : Exactement. Notre chère Dorothée part dans un parcours, au début du film, c’est en noir et blanc. Parfois, quand on débute notre parcours d’apprentissage, on voit moins les couleurs dans notre quotidien, si l’on peut dire ça comme ça. Dorothée, dans sa quête, dans son parcours, elle rencontre trois personnages. Ces trois personnages-là, c’est au cœur quand on accompagne un adulte. Le premier qu’elle rencontre, c’est l’épouvantail. L’Épouvantail, lui–

Louis : C’est celui qui a peur, je pense.

Maryse : L’Épouvantail, lui, c’est celui qui cherche le cerveau. Souvent, ça commence comme ça quand on accompagne un adulte. En andragogie, ça commence avec le cerveau, ça prend un niveau de crédibilité, ça prend de savoir c’est quoi un cycle d’apprentissage professionnel. Les fameuses caractéristiques, c’est le cerveau pour être crédible face à la personne qu’on accompagne. Ça, c’est le premier personnage qu’elle rencontre. Le deuxième que Dorothée rencontre, c’est l’Homme de fer. L’Homme de fer, je pense que c’est de lui tu parlais.

Louis : C’est lui qui a peur, je pense.

Maryse : Lui, il cherche son cœur. Désolée. Celui qui a peur, avec le dernier, on le dit tout de suite. [rires] Alors, le deuxième, l’Homme de fer, il cherche un cœur. Quand on accompagne un adulte, en plus d’être crédible, penser par le cerveau, il faut aussi penser par le cœur. Passer à travers la journée, toucher la personne, c’est comme ça que l’adulte se souvient de qu’est-ce qu’il a appris quand on pense par le cœur. Que ça soit en riant ensemble, que ça soit avec– Parce que, quand on va dans l’enseignement, Louis, souvent, c’est pour changer le monde. On veut faire une différence. Fait qu’en pensant par le cœur, ça permet que la stratégie ou le processus demeure avec la personne.

On commence avec le premier personnage qu’on rencontre, le cerveau, pour ensuite passer par le cœur et, tu l’as déjà dit, le fameux Lion, Louis. Lui, sa quête, c’est le courage.

Louis : Finalement, c’est lui qui a peur.

Maryse : Le Lion, c’est lui qui a peur. Lui, ce qu’il cherche, c’est le courage. Le courage, dans un monde d’andragogie, dans un monde d’accompagnement, va sur les deux côtés. C’est le courage, la personne dit : « Ce que tu viens de me montrer, je ne sais pas comment le faire. Peux-tu m’aider? » C’est le courage, la personne dit : « Non, où est-ce qu’on s’en va? Ce n’est pas vraiment ça qui améliore le rendement ou ce n’est pas vraiment ça la donnée la plus pertinente. »

On pense par le cerveau tout ce qui est crédibilité pour aller vers le cœur. C’est là qu’est l’engagement, la motivation. Un petit peu ta question tantôt, Louis : « Qu’est-ce qu’on peut faire quand on est avec quelqu’un qui commence sa carrière ou quelqu’un qui est dans son parcours? » C’est passer par le cœur, ensuite avoir le courage de le dire quand on ne se sait pas comment le faire, ou encore le courage de réaiguiller l’apprentissage.

Louis : Toi, Maryse, dans ton parcours, est-ce qu’il y en a un là-dedans qu’il a fallu que tu travailles plus? C’était quoi ton défi?

Maryse : Dans ce parcours-là, c’était de m’assurer d’avoir une voix, de donner une voix dans toutes les occasions d’apprentissage. Où est-ce que l’adulte– Si le formateur est la seule personne qui parle au cours de l’accompagnement, au cours de l’équipe de collaboration ou quoi que ce soit, c’est le seul qui est en train d’apprendre. La personne qui coapprend doit avoir aussi sa propre voix. Il faut lui donner plein d’occasions de parler.

Dans le parcours, c’est de donner l’occasion pour que, oui, le cerveau, le cœur et le courage, si l’on ne donne pas l’occasion à la personne d’avoir sa voix au cours de la journée, l’apprentissage n’est vraiment pas maximisé. Puis, même, j’oserais dire, la personne si, pendant tout le temps avec toi, n’a pas parlé, on ne sait pas ce qu’elle va intégrer, puis, même si la personne doit intégrer des éléments. C’est important, au moins dans les premières 10 minutes, Louis, de donner la parole aux gens quand on est avec eux pour voir c’est quoi leur besoin ou de voir c’est quoi qui pourrait les propulser plus loin.

Louis : Ton défi, c’était quoi? De donner la parole ou de prendre parole?

Maryse : D’avoir des prises de parole des participants dans des moments opportuns, où est-ce qu’ils peuvent consolider leur apprentissage? Puis, même, confronter sainement des idées avec un autre collègue parce que c’est comme ça qu’on s’améliore, quand on peut mettre des mots. Je dis souvent, quand on peut mettre des mots, M-O-T-S, ça évite les maux, M-A-U-X. Oui, de continuer à donner des mots.

Louis : Justement, des fois, on a de la difficulté à donner la parole parce que– C’est drôle parce que c’est une thématique qui revient, puis, ces temps-ci, j’enregistre beaucoup de balados, puis il y a cette thématique-là qui revient tout le temps, c’est : « Quand on donne la parole, ça veut dire qu’on donne du pouvoir aux gens. » Est-ce que c’est pour ça qu’on a de la misère à faire ça?

Maryse : Ça se pourrait, oui, Louis. Toutes les hypothèses sont vraies. Quand on donne la parole, parfois, on se sent moins en contrôle de l’apprentissage. C’est drôle, j’utilise le mot fractale. L’andragogie, c’est un adulte avec un adulte, puis la pédagogie qui est un adulte avec un élève. Je pense que le défi dans les deux principes : « Où est-ce qu’on donne la parole? » On ressent qu’on pourrait avoir un genre de perte de contrôle de l’apprentissage. On n’a aucun contrôle sur l’apprentissage de l’autre. On peut favoriser plusieurs conditions [diaphonie].

Louis : Oui, mettre les conditions.

Maryse : Les conditions sont là. C’est l’adulte, lui, qui décide : « Je vais m’engager, je vais coapprendre, je vais apprendre, je vais utiliser ce qui m’a été donné aujourd’hui. » Nous, on peut le favoriser, on ne peut pas le contrôler, ça.

Louis : C’est très intéressant, ça. Dans ton parcours à toi, Maryse Legault, ça a toujours été facile de donner la parole aux autres? Ma question, c’est, de façon générale, est-ce que ça vient avec l’expérience? C’est de lâcher prise, tu penses?

Maryse : Je suis complètement d’accord. Comme tu sais, Louis, au début, j’ai dit, je travaillais principalement en évaluation comme conseillère pédagogique dans mon parcours. Louis, inutile de dire que personne n’était indifférent à l’évaluation parce que c’est rare qu’un enseignant va dire : « Non, je suis d’accord avec toi. C’est un niveau 2, c’est un niveau 3. » Peu importe la triangulation, les gens ne sont jamais indifférents.

Les conditions gagnantes, c’était de savoir exactement c’était quoi la cible, c’est quoi exactement l’objectif de la journée, puis, ensuite le coconstruire avec les participants. On se faisait ensemble, ou est-ce qu’il y a des personnes qui arrivaient et qui disaient : « Moi, je veux avoir la distinction entre ça et ça. Moi, je veux comprendre mieux ça. » C’était de regarder avec eux autres c’est quoi leurs besoins d’apprentissage et y répondre au cours de la journée.

Un élément qui était gagnant, c’est quand je pouvais dire, à 10 h 30 : « Louis, ce que tu as demandé le matin comme objectif, regarde, on vient de l’adresser, là. C’est ça qu’on vient de faire. » et pouvoir rendre l’apprentissage significatif pour l’adulte. Oui, ça vient avec l’expérience parce que, Louis, quand on commence souvent à coacher, à former, à être mentor avec quelqu’un, c’est plus nous autres qui sommes tentés de parler parce qu’on pense qu’on les écoute.

Louis : Tout le temps?

Maryse : Oui. Avec le temps, on se rend compte, si je veux savoir si l’autre personne coapprend avec moi, il faut qu’elle aussi ait autant des choix qu’une voix.

Louis : Ça, ça sera un bon titre pour le balado : des choix et une voix.

Maryse : C’est vrai, j’aime.

Louis : C’est très intéressant ça parce que moi, je fais le transfert dans la salle de classe, c’est la même chose, tu l’as dit tantôt. Là, on parle d’andragogie, mais moi, si je vais en pédagogie, est-ce que je laisse des choix à mes élèves? Est-ce que je leur donne un droit de parole? Parce que, souvent, on pense que ça va me limiter, parce qu’on vit dans un milieu qu’on veut tout contrôler, comme tu as dit tantôt, on veut s’assurer qu’il y a de l’apprentissage. Je retiens le fait qu’on n’est pas responsable ultimement de l’apprentissage, on est responsable des conditions, du climat, et cetera, mais ce n’est pas nous autres qui décidons : « Ah oui! là, j’apprends! »

Maryse : Exactement, puis, il y a des barrières. Il y a des barrières qui nous empêchent, comme adultes, d’apprendre. Steven Katz dit qu’il y a sept barrières. Une des barrières qu’on peut avoir pendant qu’on apprend comme adultes– Juste un peu avant d’aller avec les barrières, Steven Katz, c’est un psychologue qui travaille dans le monde de l’éducation. Ce qu’il s’est rendu compte, c’est que notre cerveau, quand c’est le temps d’apprendre, il est paresseux. Il n’aime pas ça, être obligé de changer.

Ça aussi, c’est important dans notre accompagnement d’information de savoir qu’on est avec un adulte qui est programmé dans son cerveau. On n’aime pas ça, changer. On aime ça, le statu quo, puis on est bien. « Moi, j’ai appris comme ça, pourquoi je changerais? Ça a marché pour moi. » Notre cerveau est comme ça. C’est pour ça que j’appelle ça des barrières à l’apprentissage.

C’est important de les entendre, les petites voix, comme quand on est dans des contextes d’apprentissage, que ce soit en formation, en équipe de collaboration, pendant une CAP. C’est important de savoir détecter ces petites voix-là. Une des voix qu’on pourrait entendre, c’est de ne pas réfléchir à toutes les possibilités, où l’on va dire : « Oui, c’est bon ça. On arrête ça là, on n’a pas besoin de cheminer. La première idée est la meilleure. »

Un bon exemple de ça, Louis, regarde tes ressources professionnelles que tu as lues les dernières années. Souvent, ce qu’on surligne, c’est ce qui confirme notre perception, notre compréhension.

Louis : Oui. Ce qui va avec ce qu’on croit.

Maryse : Oui. Exactement.

Louis : Ce n’est pas nécessairement des nouveautés.

Maryse : Exactement. Parce qu’encore une fois notre cerveau est paresseux. Il ne veut pas changer. Ce que Steven Katz suggère et ce que j’intègre dans mes derniers 10-15 ans, c’est d’avoir deux surligneurs. D’en avoir un qui confirme tout ce que tu penses au cours de ta lecture et d’en avoir un, d’une autre couleur, avec les : « Comment tu fais ça? Ça ne marchera jamais cette affaire-là. Pourquoi tu as mis ça dans son livre? » C’est cette couleur-là qu’on devrait parler en équipe de collaboration ou en CAP d’information.

Pas tout ce qui confirme ce qu’on pense déjà, mais aussi prendre les éléments qu’on dit : « Je ne comprends pas comment faire ça. Est-ce qu’on peut en parler? » Ça, ça ouvre une porte vers la deuxième barrière qui est capable de se montrer vulnérable, de dire : « Louis, je ne sais pas comment faire ça. Peux-tu venir avec moi en salle de classe? »

Ça, dans les formations, dans le mentorat, dans l’accompagnement d’un CAP, c’est tout un défi parce que ça prend un bon climat de confiance pour être capable de se montrer vulnérable. « Ça, là, je ne sais pas comment le faire. Est-ce que quelqu’un? » C’est bien plus facile de dire : « Louis, ça ne marchera jamais. », que de dire : « Je ne sais pas comment le faire. Peux-tu venir m’aider à le faire? »

Une autre barrière aussi pourrait être, on se considère comme une exception. « Ça va marcher dans toutes les classes. Qu’est-ce que tu dis? [diaphonie]–

Louis : Pas dans la mienne.

Maryse : –-mais pas dans la mienne. Louis, tu ne comprends pas, j’étais une exception. Telle chose, ça ne marchera pas avec mes élèves. Ça marche partout en province. On a fait l’épreuve avec 100 000 élèves, mais moi, j’étais une exception. Ça ne marche pas. »

Louis : Oui. Ma classe, c’est une exception.

Louis : Exactement. C’est d’entendre ces petites voix-là. Là, on vient d’en déterminer trois barrières. On ne réfléchit pas à toutes les possibilités. Ça, ça veut dire qu’on va aller vite. Des fois, on est pris dans le temps aussi, ou l’on ne réfléchit pas, on ne veut pas se montrer vulnérable, on se considère comme une exception. Aussi, des fois, on est dans une culture de gentillesse. Culture de gentillesse voulant dire : « Louis vient de partager une idée. Moi, je ne vois pas, je ne suis pas d’accord– [diaphonie]

Louis : Elle est bonne.

Maryse : –mais, je l’aime, Louis. Un soir, on s’en va prendre un café ensemble, quoi que ce soit. Je veux être gentille avec lui, ce qui fait que je ne lui dirai pas. C’est dommage parce qu’on arrête d’apprendre dans ce temps-là. Louis arrête d’apprendre, et moi aussi.

Louis : Est-ce que c’est l’inverse, ça, des conversations courageuses?

Maryse : Comme, oui.

Louis : Comme?

Maryse : Comme, oui. Si on ne l’a pas, cette conversation-là, si je le garde en moi, nous deux, on empêche l’apprentissage parce que, moi, je t’empêche d’apprendre en disant : « Je ne suis pas d’accord. », puis avec tes mots, tes mots pourraient m’aider à coapprendre avec toi et mes questions, peut-être, feraient que tu modifierais ton concept dans ta tête. C’est les deux qui perdent dans cette optique-là en andragogie.

Louis : Là, Maryse, les barrières, c’est beau, j’entends ce que tu dis, mais, des fois, ils sont conscients, mais, des fois, ils sont inconscients?

Maryse : Des fois, ils sont inconscients. Steven Katz, il appelle ça le vivide. Ça, on est vraiment inconscients d’être ça.

Louis : Le vivide.

Maryse : Le vivide. Lui, comment il dit ça? L’exemple qu’il utilise, c’est il y a des enseignants qui vont visiter une classe de maternelle/jardin. L’enseignante est sur une grosse vague, en train de lire son livre. Après la visite, tout le monde va voir sa direction à son école. J’ai besoin d’une grosse vague. C’est ça qui fait que l’apprentissage est significatif, du tout. Plus tard, on voit, c’est parce qu’elle a mal au dos. Ce n’est pas ça. Si l’on ne met pas le mot sur c’est quoi qui crée un impact, on pourrait se concentrer sur un fameux poster, une fameuse affiche en salle de classe. En pensant à cette affiche-là, c’est ça qui va permettre l’apprentissage durable. Pas nécessairement.

Louis : J’avais vu, dans une salle de classe– À un moment donné, tu sais, j’ai beaucoup d’années en arrière de la cravate. À un moment donné, c’était l’époque où est-ce qu’il fallait absolument pour réussir, en pédagogie, un tableau blanc. Tout le monde devait avoir un tableau blanc. Tu sais que je suis très techno, j’adore la techno.

Cette fois-là, quand j’étais rentré dans la classe et que j’avais vu qu’il y avait des élèves qui copiaient des notes du tableau blanc, là, je m’étais dit : « Ça fait cher un tableau blanc pour copier des notes. », mais ce n’est pas un reproche. J’avais une super bonne discussion avec la personne enseignante après. On s’était rendus compte qu’il y avait d’autres options, d’autres possibilités par rapport au tableau blanc. Au départ, c’était ça, c’était : « Non, on va réussir parce qu’on utilise le tableau blanc. » C’est comme flexible, comment tu dis ça en français, l’aménagement flexible.

Maryse : Oui.

Louis : Je dis toujours que c’est bon l’aménagement flexible dans une salle de classe, mais le premier aménagement, le plus important, c’est celui dans le cerveau de la personne enseignante.

Maryse : Exactement. Complètement d’accord. Je regarde l’exemple du tableau blanc, qu’il soit interactif ou non, ça nous ramène à Marc Prensky qui parle des noms et des verbes. Tu as un tableau blanc interactif. Ce n’est pas un nom. C’est quoi le verbe qu’on veut faire avec qui rejoint encore notre andragogie? Tout ce qu’on veut faire avec notre adulte, c’est quoi le verbe? C’est quoi qu’on veut à la fin de notre accompagnement?

Louis : Oui. C’est quoi l’intention?

Maryse : C’est quoi l’intention? Exactement. C’est tout le temps plus riche quand les deux ont une intention claire. Puis, on chemine ensemble.

Louis : Là, je dois t’avouer qu’avec tes propos tu me fais cheminer parce que tu sais que je suis responsable de développement professionnel au Centre franco.

Maryse : Oui, c’est vrai.

Louis : Je me pose toujours la question : « Qu’est-ce qui est pertinent? » Selon toi, dans ce monde d’éducation aujourd’hui, qu’est-ce qui est pertinent quand on parle de développement professionnel? Sur quoi on devrait mettre nos énergies?

Maryse : L’énergie, c’est sur les besoins de l’adulte. Souvent, on regarde le avant, pendant, après. Le « avant » est super important. C’est quoi les besoins d’apprentissage? C’est quoi qui ne fonctionne pas dans la tête de l’adulte? De le savoir au préalable. Ça, Louis, c’est tout le temps gagnant parce qu’on a, comme on pourrait dire, tout notre jeu de cartes. On l’a à l’avance pour bien se préparer.

Si l’on est dans le « pendant », puis on n’a pas eu la chance d’avoir le « avant », le « pendant », c’est hyper important que les objectifs soient clairs pour que ça soit gagnant-gagnant, puis y revenir au cours de la journée. C’est certain que Louis pense à travers le cerveau, le cœur. Puis, avoir le courage pour passer à travers ce parcours-là, pour que Dorothée, à la fin du Magicien d’Oz, je ne sais pas si tu t’en souviens, Louis, le monde redevient en couleur. C’est ça qu’on veut pour nos adultes. On veut qu’à travers le chemin en or qu’on leur propose, qu’à la fin, ils voient plus de couleurs pour retourner dans leur quotidien, pour le mettre en œuvre.

Des fois, Louis, aussi, c’est de mettre le doigt dans une occasion d’apprentissage. C’est quoi que tu ne feras plus maintenant? Parce que, là, tu as appris autrement. Des fois, on l’escamote cette étape-là dans le « pendant », où est-ce qu’on va dire : « C’est quoi que tu ne feras plus maintenant que tu viens d’apprendre ça? » Pour amener la personne à être consciente. Parce que, si la personne repart, reprend ses vieilles stratégies, et c’est elle qu’elle vient d’apprendre avec toi, elle n’arrivera pas dans sa journée d’enseignement parce qu’elle tente de faire les deux. C’est d’amener la personne à faire un genre de ménage.

Oui, autant de savoir c’est quoi son besoin, pendant l’apprentissage, de discerner qu’est-ce que je vais enlever? Qu’est-ce que je ne ferai plus? Parce que, là, je viens d’avoir la preuve que, soit ça ne fonctionne pas– Encore une fois, il faut être capable de se montrer vulnérable pour dire : « Ça, je ne le ferai plus. Je l’ai fait pendant 10 ans. J’ai appris comme ça. » Parce que, souvent, ça revient à ça. « J’ai appris comme ça. Puis, ça a fonctionné pour moi. » Oui, mais il y a d’autres façons de faire les choses maintenant avec nos élèves. Est-ce que tu es prête qu’on l’essaie? Encore là, le fameux mot vulnérabilité.

Louis : Je ne sais pas si c’est vulnérable ou c’est juste de comprendre les choses. Parce qu’à un moment donné j’ai créé un petit graphique. Quelle peut être ma réaction face à un apprentissage potentiel? Je l’ai appelé le tableau, ou en tout cas le diagramme des quatre « A ». Le premier « A », je choisis ce que je veux apprendre, donc j’ai un choix à faire. Est-ce que je veux apprendre ça aujourd’hui? Peut-être que je le sais déjà, mais est-ce que je veux accentuer cet apprentissage-là? Ça veut dire que je veux en savoir plus. Je veux continuer d’apprendre là-dedans. Le troisième « A », c’est appliqué parce que peut-être que je le sais, mais je ne l’ai jamais fait, pour plein de raisons, et cetera. Pourquoi je te parle de ce diagramme-là? C’est parce que le quatrième « A », c’est qu’est-ce que je choisis d’abandonner, de faire?

Maryse : C’est super important ça, Louis.

Louis : Ce n’est pas négatif nécessairement dans ma tête à moi. C’est juste que j’ai trouvé quelque chose de mieux, qui fonctionne mieux. C’est très intéressant ça, Maryse. Là, Maryse, on va oublier le développement professionnel. Là, je t’amène ailleurs.

Maryse : Parfait.

Louis : On reviendra tantôt, mais c’est parce qu’il y a un sujet que j’aborde dans la troisième saison, qui est toujours là parce que je trouve qu’on va parler de technologie, on va parler d’intelligence artificielle. Quand tu entends le mot, pour commencer, intelligence artificielle, qu’est-ce que ça te dit?

Maryse : L’intelligence artificielle, ce que ça me dit? Il faudrait que ça soit bien intégré pour que ça puisse être à notre avantage. Je m’explique. Pour moi, l’intelligence artificielle, si l’on peut faire le lien avec la réponse à l’intervention, si l’on peut amener l’apprentissage et l’enseignement à être encore plus en profondeur, à être encore plus loin, en répondant aux besoins des élèves, c’est là que ça va être la plus belle magie, si je peux dire ça comme ça, de l’intelligence artificielle.

Encore tantôt de Marc Prensky, je parlais de noms et de verbes. Ça va être les fameux verbes qu’on va mettre avec l’intelligence artificielle, qui vont faire toute la différence dans l’enseignement. D’autres gens le disent différemment. Ils disent : « L’intelligence artificielle, on devrait lui faire faire ce qu’on est moins ou ce qu’on est moins bon, que ça soit compiler des données. » Laisser faire le robot, compiler les données. Nous, ce qu’on veut avoir, ça revient un peu à tes « A » de tantôt : l’action. C’est quoi, l’action?

Que ça soit un apprentissage en guidé, que ce soit– C’est là l’intelligence artificielle, si l’on peut bien l’intégrer avec des verbes puissants, le fameux Maslow : analyser, réfléchir. Puis, qu’on puisse répondre aux besoins des élèves. On va avoir vécu du succès avec l’intelligence artificielle. Sinon, ça demeure un nom. C’est les verbes qui vont être importants, qu’est-ce qu’on veut mettre?

Louis : Comment on intègre ça? Parce que tu dis l’importance d’intégrer– Parce que la difficulté que je vois, corrige-moi, c’est que, quand je pense que je connais c’est quoi, là, tout d’un coup, ça vient d’augmenter en puissance. Mon paradigme vient de changer. Ce qui fait en sorte que, là, je ne suis plus certain. Comment on fait pour intégrer cette vivide à 50 millions de têtes qui changent constamment?

Maryse : Exactement. La vivide, on ne pourra pas la contrôler, ça, c’est évident. Parce que la vivide, elle évolue à la seconde même où l’on se parle toi et moi.

Louis : Oui.

Maryse : Encore, je reviens au verbe, ça revient à qu’est-ce qu’on veut faire dans notre enseignement, dans l’apprentissage, pour bien l’intégrer? Par exemple, de dire à ChatGPT, peu importe l’outil, Louis, là, encore là–

Louis : N’importe lequel.

Maryse : N’importe quel outil, lui dire : « J’enseigne en mathématiques, troisième année. J’ai un élève qui est modifié en première année. J’ai un élève qui a ci. » C’est lui qui me propose de me guider, la fameuse intelligence artificielle, pour que je puisse l’intégrer dans mon quotidien. Parce que ce qu’on fait de très bien dans nos salles de classe, c’est d’enseigner pour que nos élèves apprennent.

Louis : Oui.

Maryse : Si l’on intègre l’intelligence artificielle avec les éléments qui peuvent aider le quotidien et qui permettent l’amélioration, on va être ailleurs. On va être à une place vraiment intéressante.

[musique de fond]

Louis : Pour écouter la suite de ce balado ou encore pour découvrir les autres épisodes, visitez le site Internet du Centre franco sur « Instituts », sur l’onglet Formation. Vous pouvez aussi les retrouver sur Spotify et sur baladopedago.com, un site qui propose une riche sélection de balados éducatifs en français. Enfin, pour découvrir l’ensemble de nos nouveautés, inscrivez-vous à notre infolettre, consultez nos réseaux sociaux ou visitez le centrefranco.ca.

2e partie du balado

Transcription

Maryse Legault : Développer un climat de confiance, ça vient avec de l’honnêteté, avec la collaboration, avec la communication, avec se dire quand ça ne fonctionne pas, puis se dire aussi quand ça fonctionne bien.

[musique]

Louis : Bienvenue aux conversations pédagogiques avec des passionnés! Initiée par le Centre franco, cette série de balados nous présente des professionnels qui excellent en éducation. Au début de la seconde partie du balado avec Maryse Legault, cette dernière souligne l’importance de valoriser les apprentissages. Pour elle, en plus, il est essentiel de créer un climat favorisant le mieux-être, et il faut permettre l’apprentissage suite aux erreurs. Enfin, elle parle des élèves chez qui l’école demeure un lieu rempli de défis.

[musique]

Si je te demandais justement dans ce contexte, parce que, pour avoir discuté un autre moment avec toi, je sais que tu reçois l’importance d’intégrer et d’apprendre certaines compétences essentielles, alors je te pose la question, Maryse, aujourd’hui, en 2025, la compétence la plus importante sur laquelle on devrait caler avec nos élèves, c’est laquelle?

Maryse : Quelle bonne question, Louis! Des compétences transférables, c’est qu’est-ce qui va m’aider à travers mon parcours comme humain? Je perçois, c’est la collaboration. Point pour point comme ça, là, collaboration dans un vrai sens parce que, si je reviens tantôt aux barrières qu’on parlait, collaborer, c’est d’écouter l’autre, c’est de se rendre vulnérable, c’est dire : « Je ne sais pas, est-ce qu’on peut faire ensemble? » C’est dans cette optique-là, la collaboration. Travailler ensemble, pas nécessairement tout le temps être d’accord, c’est ce que je vois des compétences transférables. C’est une bonne question, j’aimerais que tu me la reposes dans quelques semaines. [rires] Persuadée, je dois cheminer.

Louis : [rires] Je dois t’avouer que c’était une question piégée parce que, pour l’avoir déjà posé à certaines personnes à plus d’une reprise, c’est souvent influencé avec le contexte dans lequel on le vit dans l’actuel.

Maryse : Intéressant.

Louis : C’est aujourd’hui, tu dis la communication, parfait. C’est certain qu’on se reparle dans un an dans un autre contexte, ça n’enlève pas l’importance, mais c’est juste que c’est comme le leadership. C’est quoi le style de leadership le plus important?

Maryse : Le leadership situationnel, je pense que c’est le plus important. Il s’adapte aux différentes situations. C’est pour ça que, tantôt, je disais, collaborer avec quelqu’un, c’est aussi s’adapter parce qu’aujourd’hui on prépare les élèves pour des métiers qui n’existent pas quand ils vont être adultes. Alors, s’ils peuvent collaborer, à développer des savoirs, je dis souvent, c’est de les amener d’apprendre à apprendre. C’est ça qu’on veut parce que, le reste, ils vont pouvoir le « googler », ils vont pouvoir aller chercher les infos. Par contre, les processus pour apprendre, c’est très important à développer.

Louis : Je suis béni par, je ne sais pas quoi, je ne sais pas qui parce qu’à chaque fois que je fais un balado avec une personne, ça provoque chez moi plein de réflexions, plein de questions. C’est ce qui se passe avec toi, Maryse, aujourd’hui, parce qu’on a parlé de développement professionnel, puis là, on parle de technologie, puis on parle de compétence. Quand tu te retrouves devant des parents qui disent : « Maryse, qu’est-ce que je devrais faire pour aider mon enfant? » Qu’est-ce que tu leur réponds?

Maryse : Dans un premier temps, c’est coapprendre avec ton enfant, être curieux, valoriser l’apprentissage, surtout, Louis, valoriser l’erreur, car c’est par l’erreur qu’on apprend. C’est ça qui nous permet de s’améliorer autant comme adulte que comme élève. C’est intéressant, tu me demandes ça, on a des cas d’apprentissage chez nous, hier, en allant faire un tour, il y a un élève qui n’a pas eu la bonne réponse, puis il était tout à l’envers. Ma question, c’était : « Est-ce que tu as un nombril? » Il me regarde : « Oui. » Tu es chanceux parce que tout le monde qui a un nombril a le droit de faire des erreurs. [rires]

Là, c’étaient ses yeux de le voir, c’est comme ça qu’on apprend, quand on fait des erreurs. Je pense que c’est ça que je valoriserai avec les parents. Oui, d’avoir du plaisir avec son enfant et valoriser au quotidien l’erreur à la maison. C’est comme ça qu’on apprend, c’est comme ça qu’on peut se propulser dans nos prochaines étapes de l’apprentissage.

Louis : Là, il faut absolument que je te pose la question parce que c’est drôle, encore une fois, hier, dans l’enregistrement d’un balado, la personne disait la même chose que tu dis et, là-dessus, je réponds, oui, mais une sœur intendante de l’éducation, elle fait des erreurs, je suis convaincu, parce que tout le monde fait des erreurs.

Maryse : Oui, j’ai un nombril, c’est certain que je dois faire des erreurs.

Louis : Oui, mais est-ce que c’est vrai tout ce qu’on vient de dire ou, à un moment donné, parce que notre rôle, notre poste est– Ça peut avoir un impact aussi majeur si tu te trompes. Est-ce qu’on a le droit à l’erreur, même si l’on est dans un poste important? Ça ne nie pas qu’on n’en fait pas, on en fait des erreurs, mais, est-ce que la définition d’erreur est partout pareil, même maintenant, Maryse, à ton niveau?

Maryse : Même à mon niveau, exactement. Excellente question. Oui, l’erreur comme adulte, c’est encore plus difficile à accepter parce qu’on veut bien faire les choses. Oui, comme adulte, l’erreur, c’est d’éviter de ruminer suite à une erreur. Après 15 minutes, d’avoir réfléchi, c’est qu’est-ce qu’on peut apprendre de la situation, de l’intégrer et de passer à d’autre chose? Ce que je vais dire, en une phrase, semble sain, pas de [inintelligible 00:06:58] dans ton quotidien.

C’était de le sortir dans notre ruminant, souvent, c’est avec un collègue, qu’on va lui partager. On appelle ça un collègue, chez nous, un défi pratique. Je viens de vivre un défi pratique, est-ce qu’on peut s’en parler? Souvent, c’est comme ça, la personne peut extraire avec nous, c’est quoi l’élément d’apprentissage pour que cette erreur-là ne se produise plus. En le faisant avec un collègue, on se rend compte, le collègue aussi apprend avec nous, et cette erreur-là ne se reproduira pas.

Encore une fois, c’est d’avoir un climat de confiance, on va se rendre vulnérable en sachant qu’on ne soit pas jugé avec cette personne-là. Pour cette raison, l’erreur comme adulte, on ne vend pas le moins possible, on se réveille le matin en voulant changer le monde, à vouloir bien faire les choses. Oui, c’est ça, l’erreur moins facile avec un adulte, complètement d’accord, Louis.

Louis : Là, tu amènes un autre sujet qui est l’importance de bien s’entourer parce que tu as parlé d’un collègue. Je dis toujours que l’importance d’avoir des miroirs, ça joue aussi parce que je veux te parler de quelque chose, puis j’ai besoin de ton avis, j’ai besoin de tes questions. Alors, comment on développe, justement, ce climat de confiance autour de nous? Maryse, comment tu fais, dans ton équipe, pour développer ça?

Maryse : Développer un climat de confiance, ça vient avec de l’honnêteté, avec la collaboration, avec la communication, avec se dire quand ça ne fonctionne pas, puis se dire aussi quand ça fonctionne bien. Je pense aussi qu’un leader qui veut coapprendre dois s’entourer de gens qui pensent comme lui et, encore plus, de gens qui ne pensent pas comme lui ou comme elle, qui sont différents dans leurs styles parce que c’est avec ces personnes-là que je coapprends encore plus.

Alors, ces personnes-là, oui, on a un climat de confiance, oui, je suis à l’aise de me rendre vulnérable, surtout quand on fait une erreur, on n’est pas fier de soi, puis on veut que la personne qui reçoit la communication coapprend avec les autres. On juge assez, on n’a pas besoin que l’autre personne nous juge parce qu’on est nos pires critiques. On a besoin d’une écoute neutre pour que la personne nous aide à sortir les faits, qu’est-ce qu’on peut apprendre. Ensuite, on poursuit.

C’est souvent lié avec les personnes qui sont différentes de moi, et je vais encore plus loin là-dedans, autant dans le rationnel ou dans nos prochaines étapes ou ce que je peux dégager de la situation d’apprentissage pour ensuite devenir une meilleure coapprenante, une meilleure professionnelle.

Louis : Oui, c’est vrai. En même temps, on a le premier réflexe de s’entourer des gens qui sont pareils comme nous parce que c’est plus facile.

Maryse : C’est plus facile, complètement d’accord. Il faut vraiment s’arrêter, puis dire : « Cette personne-là, je le sais, qu’elle pensera pas comme moi. Elle va m’emmener encore plus loin. » Oui. Louis, ça prend des années pour arriver là. Au début de ma carrière, je m’entourais uniquement de gens qui pensaient comme moi. Je vais être bien honnête, c’est à travers mon parcours que je me suis rendu compte, je vais bien plus loin. Tu sais, la fameuse expression « Seul, on va vite, ensemble on va plus loin. » Si, dans l’ensemble, on va plus loin, on a des personnes qui ont idéalement les mêmes valeurs que nous, par contre. Quand on veut vraiment coapprendre et aller plus loin, si la personne a les mêmes valeurs que nous, par contre, elle les articule de façon différente. Je trouve ça encore plus gagnant.

Louis : C’est clair que, si les personnes n’ont pas la même valeur que nous, il va falloir qu’on rame plus fort.

Maryse : Oui.

Louis : De tous les bords et de tous les côtés. Oui. Ça, c’est intéressant parce que ma réflexion n’était jamais allée en termes de valeurs. Oui, de s’entourer de gens qui sont différents, mais qui partagent, en tout cas, certaines valeurs.

Maryse : Oui. Comme une des valeurs, Louis, comme moi, c’est que tous les élèves peuvent réussir. Mes collègues qui pensent différemment ou comme moi, ça, c’est une valeur commune qu’on doit avoir. Parce que si la conversation est : « Non, mais, ils ne réussiront jamais. », déjà, là, je ne peux plus m’engager dans la conversation. Je crois dans la réussite de tous les adultes, de tous les élèves aussi.

Louis : Là, c’est une pause dans mon cerveau parce qu’il enregistre. [rires] Là, on va encore continuer notre conversation parce que tu m’amènes justement là. Quand tu dis tous les élèves peuvent apprendre, qu’est-ce qu’on fait avec nos élèves en grande difficulté? Parce que tu en as connu, j’en ai connu. On veut bien, puis on fait, puis on change, on modifie, on adapte, on change nos stratégies. On a des élèves qui, pour eux et elles, malgré tout ça, ça va être toujours difficile. Qu’est-ce qu’on fait avec eux?

Maryse : Je me rends compte, ces élèves-là, Louis, il y en a qui viennent à l’école pour apprendre, puis il y en a qui viennent à l’école pour être aimés. Parfois, c’est ce que je me rendais compte que ces élèves-là avaient besoin d’un climat de bienveillance, d’un climat sécuritaire, d’un climat où ils peuvent se dire qu’ils peuvent faire des erreurs parce que c’est accepté. Souvent, c’est en commençant avec le bien-être. Accueillir l’élève qui ne vient pas nécessairement dans un premier temps pour apprendre, il vient pour être aimé à l’école. Ensuite, quand on a cette relation-là, on peut regarder. Parce que tu as raison, Louis, il y en a qui partent de loin dans leur parcours de nos élèves. Si, dans un premier temps, on a une relation, qu’ils se sentent en sécurité, ils vont être plus à l’aise de prendre des risques, d’aller chercher du matériel de manipulation ou de lever la main parce qu’ils ont une question. Oui, une approche qu’on a pour les élèves que c’est plus difficile. On a ce qu’on appelle la classe collabo-réflective.

Où est-ce qu’on a un tableau blanc? Un élève a un crayon. Ils sont deux autres élèves qui n’ont pas de crayon, qui revient tantôt, Louis, à la voix. Où est-ce que la personne qui a le crayon peut écrire une voix? En ayant des groupes hétérogènes, ça permet la réponse à l’intervention. Ces élèves-là, en ayant deux élèves avec eux, ils ont plus d’occasions de pouvoir parler dans un petit groupe. Je crois, pour ces élèves-là, un enseignement magistral, pour certains, c’est la meilleure façon.

Oui, il y a la pratique guidée par l’enseignant. C’est excellent, ça. Par contre, des fois, c’est bon quand c’est d’autres élèves avec leurs mots et leurs expressions. C’est encore de donner des choix, donner une voix à tous les élèves qui sont en difficulté ou non. C’est ça qui permet de consolider l’apprentissage, puis de répondre à l’intervention. Encore une fois, ça revient au fameux contrôle qu’on parlait au début, Louis. Il faut accepter qu’on ne peut pas contrôler l’apprentissage autant chez un adulte ou autant chez un élève. L’apprentissage est propre à la personne qui le vit ou qui le développe.

Louis : Là, on vient de citer notre titre encore : « Donner des choix, donner une voix ».

Maryse : Une voix, oui. Je vois. C’est intéressant.

Louis : Je trouve que ça veut dire qu’on est toujours dans la bonne ligne, là, ma chère Maryse.

Maryse : Oui, j’imagine.

Louis : Maryse, on arrive au moment où est-ce que, quand je t’ai partagé le gabarit pour ce balado, je t’ai demandé de choisir une ressource ou deux que tu voudrais nous partager, que tout le monde devrait connaître. Ça serait quoi?

Maryse : Oui, c’est de Steven Katz, Intentional Interruption. C’est là-dedans, tantôt, les barrières que je parlais. Mon coup de cœur de ce livre-là, c’est de comprendre comment le cerveau fonctionne pour maximiser l’apprentissage. Il faut savoir comment que ça fonctionne pour pouvoir autant se prendre en main, prendre conscience, prendre position, puis se prendre en charge dans notre apprentissage. C’est les fameuses sept barrières qui sont au cœur de tout pour moi parce que, quand un adulte peut mettre le mot, puis dire : « Je ne vais pas me montrer vulnérable, là. Je suis en train d’arrêter d’apprendre. » Veux-tu continuer de même ou je veux lever ma main, puis dire : « Je ne sais pas comment le faire, ça. » ou, à la fin de l’heure, qu’on va être en quatre, je vais aller le dire à la personne : « Je veux le faire, ça, mais je ne sais pas comment. »?

C’est d’amener ces barrières-là, les rendre évidentes. C’est pour ça qu’il appelle ça Intentional Interruption. C’est de s’interrompre dans notre apprentissage pour dire : « Où est-ce que j’en suis? C’est quoi la prochaine étape? » Je suggère même que, ça, c’est cette barrière-là dans un local, si l’on est dans une école qui reste tout le temps dans le local, les sept barrières avec des phrases qu’on pourrait s’entendre dire : « Ça, ça va marcher partout, mais pas dans ma classe. Je tiens une exception. Moi, ça va. » Ces fameuses phrases-là, les laisser là, puis d’être conscient que, quand je dis ça, j’arrête d’apprendre. On n’est pas dans le jugement, on est dans la prise de conscience individuelle.

Ce livre-là, c’est ce que j’ai beaucoup aimé. Ce que je disais tantôt, quand on lit une ressource, d’avoir deux crayons différents, c’est ça. Ça m’a beaucoup apporté au cours de mon parcours.

Louis : Je rappelle le titre Intentional Interruption de Steven Katz. Excellent! La prochaine question, et merci à Marius Bourgeois qui, un jour, m’a suggéré cette question, mais je te donne un mot ou une petite phrase, et tu commentes avec quelques phrases.

Maryse : Parfait.

Louis : Premier mot, c’est, si je te dis : « la science ».

Maryse : La science est l’art de l’andragogie. C’est une science, le cœur, le cerveau et le courage.

Louis : Okay. Excellent. Si je te dis : « premier jour ».

Maryse : Le premier jour, on développe des liens, on développe des relations. On apprend à connaître la personne. Je dis toujours : « On fait le bouquet avec les fleurs qu’on a. Il faut les connaître, ces fleurs, le premier jour. »

Louis : Avant de les sarcler, il faut les semer. Il faut les connaître avant de savoir lesquelles on va–

Maryse : Le jardinier. Oui.

Louis : Oui. Si je te dis, les curriculums, là, quand on a la liste, celui qui est le plus important.

Maryse : Le curriculum le plus important. J’hésite entre Français puis Mathématiques. On va dire : « Français » parce que c’est ça qui nous donne des mots, c’est ça qui nous donne des voix pour se développer autant dans notre parcours comme enfant, comme ado ou comme adulte. Je vais dire : « Français ».

Louis : Excellent. À part ça, il n’y a pas de mauvaise réponse pour ça.

Maryse : C’est certain. J’aurais pu dire : « Éducation physique et santé ». Santé est super important. Tout est important.

Louis : Oui. Tout est important, effectivement. Là, on va rester au Ministère. Là, si je te dis : « Tu es la ministre de l’Éducation, quel sera ton premier geste? » On ne parlera pas d’argent ici, là.

Maryse : Parfait. Oui. Parce que c’est souvent le premier critère, l’argent. Je pense que j’irais de façon obligatoire ajouter de la triangulation dans nos programmes, avoir absolument des observations et des conversations, de documenter vers le bulletin de rendement de l’élève. Là, tu vas dire : « Oui, ça prend un portfolio, ça prend d’autres composantes. » Dans un premier temps, ce que je peux faire, c’est de la triangulation pour éviter uniquement le papier-crayon. Tu reconnais la feuille d’évaluation, qui n’est pas loin.

Louis : Oui. Pour te dire, si l’on avait un autre balado, on pourrait parler strictement d’évaluation, là, parce que je sais que, chez vous, tu as travaillé là-dessus, puis c’est une passion pour toi. Ce qui est à retenir de ce que tu viens de dire, finalement, c’est qu’il n’y a pas juste une façon d’évaluer et une forme différente, surtout avec l’intelligence artificielle qui nous fait poser des questions par rapport à nos méthodes d’évaluation.

Maryse : Exactement.

Louis : Si je te disais, c’est le dernier, vraiment, là, ton souhait ou ton rêve que tu as aujourd’hui pour l’éducation en Ontario français.

Maryse : Un rêve que j’ai, c’est que ça débute à la Faculté d’éducation. Tout ce qu’on vient de discuter, d’avoir un choix, d’avoir une voix, la réponse à l’intervention, que ça soit dès le début d’un parcours professionnel, puis de miser encore plus à la Faculté sur l’importance de développer des relations significatives en lien avec le bien-être de nos élèves. C’est ce que je souhaiterais. C’est là que ça passe. C’est là que ça débute parce que c’est au début d’un parcours.

Louis : Oui. Là, on arrive à déjà la conclusion de ce balado aujourd’hui. Comme je le mentionne toujours, lors de la première année, je faisais la conclusion. Là, maintenant, je suis plus sage parce que je donne la voix à mon invité. Oui, j’ai appris quelque chose, tu vois. Maryse, j’aimerais ça que tu conclus notre balado aujourd’hui.

Maryse : Oui. On va dire choix et voix, c’est certain. Je pense que ça va être le titre de notre balado. D’accompagner un adulte, c’est un privilège. C’est un privilège de faire partie de son parcours professionnel. Si l’on peut amener l’art et la science de l’andragogie dans notre quotidien, c’est tellement gagnant autant pour la personne qui accompagne, parce qu’elle se sent à son maximum, et, surtout, la personne qui vient de coapprendre avec toi est à son maximum. Dans son cycle d’apprentissage professionnel, c’est un art et un privilège d’accompagner un adulte.

Louis : Aujourd’hui, j’avais comme invitée à ce balado Maryse Legault, qui est surintendante de l’éducation au Conseil scolaire de district catholique de l’Est ontarien. Maryse, ce fut un grand bonheur. Merci beaucoup.

Maryse : Merci, Louis, pour l’invitation! Et au plaisir de collaborer avec toi.

Louis : À la prochaine!

Maryse : À la prochaine!

[musique]

Louis : Merci d’avoir pris le temps d’écouter ce balado. Pour avoir accès aux autres épisodes, visitez le site Internet du Centre franco. Vous pouvez aussi les retrouver sur Spotify et sur baladopedago.com, un site qui propose une riche sélection de balados éducatifs en français. Enfin, pour découvrir l’ensemble de nos nouveautés, inscrivez-vous à notre infolettre, consultez nos réseaux sociaux ou visitez lecentrefranco.ca.

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