À la rencontre de Johanne Panneton – Conférencière lors du colloque 2025 de l’ADFO


Hors série 1

Johanne Panneton est détentrice d’une maîtrise en gestion de la formation de l’Université de Sherbrooke et poursuit ses recherches en santé émotionnelle au travail au 3e cycle en éducation. Johanne est reconnue en tant que formatrice agréée par la Commission des partenaires d’affaires du marché du travail. Elle est titulaire d’un brevet d’enseignement du ministère de l’Éducation du Québec et est maître praticienne et coach en programmation neurolinguistique IDCom International.

Spécialiste en développement des compétences et des organisations, elle cumule plus de 35 années d’expérience et croit foncièrement que chaque être humain possède en lui l’ensemble des compétences nécessaires à la réussite de sa vie. Le travail étant une facette importante de l’existence, elle accompagne, stimule et encourage l’expérimentation et l’apprentissage en toutes circonstances. Johanne est douée pour les communications interpersonnelles et est dotée d’une énergie stimulante et contagieuse.

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Balado avec Johanne Panneton

Transcription

[musique]

Présentateur : Le balado de développement professionnel vous propose un survol rapide des éléments essentiels, des projets de développement proposés par votre association professionnelle. Ces projets sont, pour la plupart, financés par le ministère de l’Éducation ou par un organisme paragouvernemental. Vous avez manqué un webinaire? Pas le temps de participer à un réseau d’apprentissage professionnel? Intéressé par un projet particulier, mais vous aimeriez avoir un avant-goût des contenus avant de vous engager dans une démarche plus longue? Le balado vous fournira les bases essentielles dont vous pourriez avoir besoin. Vite fait, bien fait, voilà la ligne directrice de cette série balado. Bienvenue chez vous!

Louis Houle : Mon nom est Louis Houle. Aujourd’hui, j’ai la chance, dans un projet conjoint du Centre franco et de l’ADFO, de discuter avec une personne qui était conférencière lors du colloque de l’ADFO, tenu en avril 2025. Bonne écoute, tout le monde. Aujourd’hui, je suis en compagnie de Johanne Panneton, qui est consultante en santé émotionnelle au travail. Bonjour, Johanne!

Johanne Panneton : Bonjour!

Louis : On est dans le cadre justement du colloque de l’ADFO. Quand on a discuté ensemble, on s’est rendus compte qu’on avait ces trois verbes-là qui animent justement ce colloque qui nous ont inspirés. Si je te dis, comme première question aujourd’hui, Johanne, inspirer, influencer, mobiliser, qu’est-ce que ça te dit, ça?

Johanne : Intelligence collective. Ces trois verbes-là sont extrêmement porteurs. Comment être une source d’inspiration? Comment inspirer par sa présence, par la parole? Comment inspirer pas juste par nos qualités personnelles, nos compétences? Ça, je pense que c’est vraiment dans l’essence même du travail qu’on fait. Influencer. Tout est influence, en effet, parce que par le modèle, par le comportement, par l’attitude, encore une fois, on finit tous par s’influencer les uns les autres. Mobiliser, pour moi, c’est mettre ensemble, c’est créer du lien, c’est ce qui viendra à moi ce matin, ça sera créer une force, une dynamique autour de. C’est sûr que ces trois verbes-là sont extrêmement porteurs, en tout cas dans ma réflexion, puis dans ce que je vais aborder aujourd’hui.

Louis : C’est certain que, quand on parle d’influencer ou d’inspirer les directions d’école, les directions adjointes ont un rôle très important.

Johanne : Absolument.

Louis : Comment tu qualifierais leur rôle quand on parle d’inspiration?

Johanne : Ce matin, je verrais un chef d’orchestre. Je viens de la danse classique, de la musique classique. Mes exemples, je les tire de ça. Si je le vois comme un chef ou une chef d’orchestre, c’est quelqu’un qui connaît les partitions, c’est quelqu’un qui connaît les instruments, c’est quelqu’un qui a du rythme, c’est quelqu’un qui a cette vue d’ensemble et qui est capable, dans une vue d’ensemble, de ne jamais perdre les particularités des uns et des autres. En même temps, ça donne de la dynamique, ça donne le son, puis l’accord parfait, la note. Je la compare beaucoup à ça et c’est fondamental. C’est fondamental. Ça fait que, pour moi, toute cette notion d’influence, de mobilisation, c’est au cœur même de la démarche professionnelle.

Louis : Quelles sont, selon toi, les compétences qu’une direction d’école devrait avoir en priorité?

Johanne : Mon Dieu, tu me ramènes à mon époque en ressources humaines. On parle de description de postes avec les tâches et tout ça.

Louis : Oui.

Johanne : Je ne peux pas être objective parce que je les connais, puis je les aime beaucoup. Ça monte très fort en moi, ce serait avoir du cœur. Je pense qu’il y a une question de cœur. Je sais que là, on dira : « Okay, ce n’est pas dans la description de poste. », mais on travaille avec du vivant, on travaille avec des humains, on travaille avec des petits, on travaille avec des grands, on travaille parfois avec des adultes. À la base, fondamentale, ça va être l’amour. Pas juste l’amour de l’autre. Je ne veux pas que ça sonne comment, ça fait chic de dire, on va parler d’amour, mais plutôt de dire aimer son travail, aimer dans la posture qu’on a et avoir les aptitudes nécessaires. Ça, ça va nous donner une représentation différente. Ce n’est pas juste aimer l’autre, ce n’est pas dans ce sens-là que je l’amenais. Pour moi, c’est une source d’inspiration. Comment je pose le regard sur l’élève? Comment je pose le regard sur les enseignants et les enseignantes? Comment je pose le regard sur les parents? Je les vois comment? Je les considère comment? Que font-ils à travers mon orchestre, si je vais reprendre mon image d’orchestre symphonique, tant qu’à y aller. Je le verrais beaucoup dans ce sens-là.

Louis : Justement, quel regard devrait avoir une direction d’école avec ses enseignants? avec ses élèves?

Johanne : Il y a beaucoup de contraintes dans le monde de l’enseignement. Il y a des contraintes qui sont administratives, il y a des contraintes organisationnelles. Je lisais justement un paragraphe, je ne sais pas si c’était une revue ou un livre, je lis trop de trucs, je ne peux pas vous dire la source, mais on disait que 95 % des problèmes dans une organisation viennent de la structure, 5 % des employés. Si je le mets, puis je le transfère, puis, c’est sûr qu’il faudrait aller voir la source pour valider. Si je le transfère, est-ce que nos organisations sont encore capables? Quand je parle d’organisation, je parle administrativement, physiquement. On parle beaucoup d’écoles qui sont désuètes, peut-être que tout ça, ça nous empêche d’être à notre meilleur aussi dans notre fonction. C’est quoi le regard que je porte sur l’autre? Je porte un regard, des fois, où j’aurais peut-être intérêt ou le goût de dire : « On a une mission, quand même, on la connaît, on est dedans. » Qu’est-ce qui nous empêche d’aller au maximum? Je pense qu’il y a une part d’épuisement professionnel qui vient aussi du fait qu’on essaye, on veut, on y met de la volonté. J’ai nommé un mot tantôt, mais on met beaucoup de soi là-dedans. Parfois, peut-être que les résultats nous déçoivent peut-être. Je ne suis pas déçue du monde. Des fois, je suis déçue de ce que ça crée parce que, peut-être, ça manque de moyens, peut-être parce que ça va extrêmement vite aujourd’hui. Il y a beaucoup de divergences, on est peu en convergence, selon moi, donc ce n’est pas simple.

Louis : Cela étant dit, justement, comment je fais pour être performant comme direction d’école dans cette organisation qui, des fois, me restreint?

Johanne : On a combien d’heures?

Louis : Quelques minutes?

Johanne : C’est comment le–

Louis : C’est toujours la question qu’on se pose.

Johanne : J’ai une tendance à intellectualiser beaucoup lorsque je me sens dans des contraintes, alors je dirais arrêtons d’intellectualiser, soyons dans l’action, créons dans l’action, puis validons après où on en est. Je vais faire le lien avec l’intelligence collective. Une des postures qu’on aime en intelligence collective, c’est choisissons la moins pire des solutions. Je sais que ce n’est peut-être pas très populaire parce qu’on cherche la meilleure, mais, pour moi, ça devient trop. Chercher la meilleure, c’est comme, oui, mais il n’y en a pas de meilleure solution. On met de l’énergie, on focusse, on veut quelque chose et on est déçu. La moins pire solution, ce n’est pas réducteur du tout, c’est de dire : « Soyons dans une forme de réalité, puis expérimentons. » Chacun des petits gestes fera probablement qu’il y a quelque chose qui va arriver. Quand je dis quelque chose, c’est qu’on ne contrôle pas tout. D’ailleurs, selon moi, on ne contrôle pas grand-chose. Je pense que c’est un peu ce défi-là qu’on a, peut-être parce qu’on aime le calme, peut-être parce qu’on aime encadrer le travail, peut-être parce qu’on se dit : « C’est ma responsabilité, je devrais. » Je trouve ça lourd dans un contexte présentement qui est très anxiogène, qui amène beaucoup beaucoup de défis. Je ne suis pas sûre qu’on s’accompagne à travers ça, avec une forme de douceur, c’est-à-dire de s’accompagner de façon à se permettre aussi d’expérimenter, de ne pas toujours avoir la bonne réponse, de ne pas être la seule personne qui, à un moment donné, devrait– On parle de responsabilisation, puis on parle de déresponsabilisation. Comment on responsabilise si on prend toujours toutes les décisions? Ce n’est pas clair, ce n’est pas simple. Là, c’est le fun, on met deux trois phrases comme ça, mais c’est beaucoup plus complexe que ça.

Louis : Finalement, ce que j’entends, c’est peut-être d’avoir confiance dans la démarche, puis oser aussi. Ce que j’entends de ce que tu as dit, c’est que c’est correct de pas avoir la solution en majuscule, mais au moins d’en essayer une, puis d’être conscient et consciente de ce qui se passe, puis souvent d’être en train d’évaluer, pour se demander c’est quoi le prochain pas?

Johanne : Oui. Le prochain pas, peut-être le faire ensemble.

Louis : Oui.

Johanne : Je trouve que ça touche la notion évidemment de leadership. On parle d’influence, on parle de mobilisation, on parle de direction. Dans la direction, c’est–

Johanne : On va parler aussi d’offrir ici la vision des choses, mais c’est comme si on était tout– Je le sens souvent comme dans l’hyperresponsabilité. Tout ce qui est hyperquelque chose, c’est trop pour rien, c’est une perte d’énergie totale. Ça demande, ça sollicite trop. C’est une équipe, nous sommes. Il y a quelque chose fondamentalement dans rétablir ça. C’est ce que j’aime dans cette approche-là d’intelligence collective.

Ce n’est pas d’être ensemble, ce n’est pas ça l’intelligence collective. Ce n’est pas de dire : « Nous faisons partie d’une école, nous faisons partie des élèves, les parents. » Ce n’est pas ça. Ce n’est pas d’être ensemble, c’est qu’est-ce qu’on fait ensemble? Comment on crée ça? Là, il me montre une image qui est toujours comme un peu faire une émulsion, si vous aimez manger. En cuisine, les choses prises séparément, ce n’est pas parce que je les mets dans un contenant que ça crée quelque chose. Il y a une action qui est concrète, il faut battre, il faut fouetter, il faut rajouter, il faut une température. Pour moi, c’est comme on oublie ça. Ce n’est pas parce qu’on est ensemble, puis qu’on a de l’intelligence qu’on est intelligents collectivement. Pour moi, ça ne passe pas. Ça ne passera pas. Il y a d’autres choses, ça, c’est l’action qui le crée.

Louis : Il faut que je pose la question. Dans la vinaigrette, la direction d’école, c’est quoi? C’est l’huile? C’est le vinaigre? C’est le sel? C’est le batteur? C’est quoi? [rires]

Johanne : Dois-je répondre à ça sans la présence de mon avocat? [rires]

Louis : Non. Il fallait que je la pose. [rires]

Johanne : J’aime ça. Je vais te la reposer la question, ce serait quoi pour toi?

Louis : C’est une très bonne question. Je pense que, ce n’est pas moi qui est en balado aujourd’hui, mais ce que je répondrais à ça, c’est, ça dépend du contexte. Je peux être n’importe quoi en fonction du moment, puis avec qui je suis, mais je te laisse commenter ça après.

Johanne : J’irais dans le même sens. C’est ce qu’on va appeler des postures en communication. Parfois, c’est moi qui dirige. Parfois, c’est moi qui écoute et qui questionne et, parfois, je relève mes manches et je fais partie d’eux. Ces trois postures-là, on va les retrouver. Penser que, parfois, on devient un peu un facilitateur. C’est ça, dans l’intelligence collective, c’est je facilite, tout le monde est ou pourrait être facilitateur. Dans ce cas-là, je te dirais, qui monte l’émulsion aujourd’hui? Ça pourrait être quelqu’un d’autre que moi. Parce que moi, aujourd’hui, je vais tenir le contenant. Parce que ma posture, je vais l’amener là, puis je sens profondément qu’on a besoin de ça. Il y a beaucoup d’exemples. Si je regarde des exemples dans des entreprises, dans des organismes, où, vraiment, à un moment donné, changer de posture, ça amène aussi? C’est-à-dire, ce n’est pas toujours moi qui suis le visionnaire ou la visionnaire qui guide, qui mène, qui évalue, parce qu’il y a beaucoup de fonctions d’évaluation. En gestion, on évalue plein de processus de plein de choses.

À partir de ça, il faut savoir, à un moment donné, je suis qui aujourd’hui? Puis, qu’est-ce que le groupe a besoin? Qu’est-ce que, moi, j’ai besoin de l’autre? C’est là qu’on commence à travailler les postures et c’est là qu’on donne la force, peut-être, à l’intelligence collective.

Louis : En entendant ça, je me dis, donc, il faut vraiment que je me connaisse comme personne, puis d’être conscient, d’être à l’écoute. Parce que, un, il faut que je sois conscient du contexte, puis comment je réagis face à ce contexte-là : « Est-ce que c’est conscient? inconscient? » pour pouvoir mieux agir après.

Johanne : Je ne veux pas que ça sonne psychothérapie. [rires]

Louis : Non.

Johanne : Quand on parle de connaissance de soi, comment ne pas être à l’intérieur de soi-même? Comment ne pas être dans ce voyage à l’intérieur, puis à l’extérieur de soi? La fonction de direction, on parle d’inspirer. L’inspiration, ça peut partir de l’extérieur. J’ai trouvé ça très inspirant de me balader hier, dans Toronto, d’humer les odeurs des restaurants, de voir la lumière, le vent, les gens, tout ça. Ça faisait résonner en dedans de moi quelque chose. Il y a cette espèce d’interrelation qui se crée. Je pense qu’on ne perd pas de temps à essayer de comprendre nos structures internes pour être capable de, mais c’est la base des compétences. Vous le savez, une compétence, c’est du savoir-faire. Le savoir-faire, ce n’est pas juste : « Là, je vais appliquer tel principe ou tel concept. » Non, il faut le vibrer. En tout cas, je pense, l’authenticité, là-dedans, c’est vibrer quelque chose. On n’est pas dupe, l’humain. On le sait quand on est face à quelqu’un qui est en train de jouer un rôle, puis quelqu’un qui habite un rôle. Habiter, c’est d’abord dans l’intérieur.

C’est pour ça que je trouve intéressant, dans cette approche-là, de dire qu’il n’y a pas de bonne et de mauvaise réponse, il y a une expérimentation. Dans l’expérimentation, est-ce qu’elle est satisfaisante? Si oui, pourquoi?

Si elle est insatisfaisante, pourquoi? Il faut être capable, un peu comme si on faisait ces analyses-là, où on va aller chercher dans une problématique, quelles sont nos pistes. C’est la même chose. Je ne vois pas pourquoi, dans nos rôles, ça serait différent. Au contraire, le fait que j’irais, à dire, il y a une forme dans l’authenticité, mais d’abord à soi-même. Ce n’est pas quelque chose que je fais pour les autres.

Louis : Là, ça fait quelques reprises que tu utilises le mot intelligence collective. Moi, si j’étais à l’écoute du balado aujourd’hui, puis j’entends ça, puis je ne sais pas trop c’est quoi, comment est-ce que tu peux définir ou quelle notion tu peux me donner rapidement pour me dire : « C’est ça, finalement, quand on parle d’intelligence. »?

Johanne : Ce n’est pas récent, ça existe depuis un certain temps. On a déjà les organisations apprenantes. Il y avait des gens qui se sont– Tout ça, puis c’est reparti dans le courant. Je dirais que l’intelligence collective, c’est une mise en commun profonde des formes d’intelligence d’individus qui créent cette collectivité-là. Cette mise en contact-là, c’est de la créativité, c’est être capable ensemble de cocréer, c’est de la cocréation, c’est être capable d’avoir un espace de sécurité dans lequel je vais être capable de cocréer, c’est-à-dire d’aller chercher le meilleur de moi. Si je parle d’intelligence collective, ce n’est pas qu’on est intelligent collectivement, mais je dirais, c’est plutôt cette capacité de mettre en place un espace dans lequel on peut être ensemble et exercer cette intelligence-là. Ce que ça donne comme résultat aussi, tu m’as dit il y a deux minutes, puis là, je sais que j’ai dépassé mon temps, mais– [rires]

Louis : Non. Vas-y, c’est bon.

Johanne : Je suis désolée. Ça va aussi créer, c’est comme un entraînement à quelque chose aussi. On s’entraîne à devenir collectivement intelligents dans notre milieu. Pourquoi on s’entraîne? Parce qu’on tend la main, parce qu’on offre l’opportunité, parce qu’on est capable de travailler ensemble et de commencer à cocréer un espace où l’on va commencer à l’être. Ce n’est pas de mettre ensemble des gens, puis ce n’est pas de dire, à tour de rôle, dans une équipe, on va donner chacun notre point de vue. Ce n’est pas ça de l’intelligence collective. Pour moi, ce n’est pas ça.

Louis : Ça va être important de créer un climat?

Johanne : Climat, contexte.

Louis : Contexte.

Johanne : Oui. Il faut une lecture de contexte. Ça semble simple, mais on ne s’engage pas de toutes sortes de manières dans ce concept-là, il faut qu’il y ait un contexte qui soit propice. S’il ne l’est pas, comment le préparer? C’est un peu comme jardiner, on va préparer la terre, on va préparer ce qu’on a besoin. Qu’est-ce qu’on a? Qu’est-ce qui est là-dedans? À partir de ça, là, on va commencer à regarder. Ensuite, je dirais, est-ce qu’il y a une volonté aussi? Ça peut avoir l’air un peu particulier. Tout à l’heure, on faisait un lien avec le leadership, puis je disais, la vision, on connaît. Lorsque je suis dans une posture basse au niveau de la communication et je deviens un membre d’eux, peut-être que ça peut irriter certains membres de l’équipe en disant : « Voyons, ce n’est pas son rôle. Mon attente, c’est que cette personne-là dirige. » Il faut qu’il y ait ces conversations-là, pas jaser, converser, pour avoir une direction, pour être capable d’établir, de mettre en place.

Ça fait que, oui, il y a un travail de bras à faire pour qu’on puisse, à un moment donné, créer cette émulsion-là. J’ai donné l’image de la mayonnaise tout à l’heure ou de l’émulsion qu’on crée, ça ne se fait pas tout seul, ça prend des conditions pour ça. Je trouve que les directions ont ou devraient avoir les moyens de mettre en place, de travailler le terreau de manière à faire émerger, ça devrait se faire.

Louis : Finalement, je vais reprendre l’exemple que tu as donné. On est un jardinier, on va préparer la terre ou, en tout cas, on va mettre les conditions gagnantes pour que ça pousse. Après ça, si ça a besoin d’engrais à telle place, je vais peut-être le proposer.

Johanne : Ou aller valider. On va tutorer, on va travailler, parfois, on va laisser les terres en jachère, ce n’est pas le temps. Il manque d’engrais. Ce qui est beau avec la terre, c’est que, d’abord, c’est tout le regard qu’on a. On a commencé avec le regard sur l’autre. Le regard qu’on a, comment j’observe, comment j’analyse. Déjà observer, puis là, je le sais, ça va être peut-être un peu non populaire, de dire : « Oui, mais on n’a pas le temps. » Parlons-en du temps. Il y a un temporel là-dedans. C’est-à-dire, le temps, je comprends, mais il y a encore 60 minutes dans l’heure.

Louis : Oui, ça n’a pas changé.

Johanne : Ce matin, ça n’avait pas changé encore. Comment j’habite cet espace-là. Le défi est d’habiter l’espace. Ça pourrait être assez facile de partir et de courir constamment sans jamais s’arrêter. Facile, je ne veux pas qu’on le mette dans le sens de simple. Facile parce qu’on se fait embarquer là-dedans. Ça va tellement vite. Est-ce que je m’arrange, puis est-ce que j’observe? Si j’observe, nécessairement, il va se passer ça. C’est de l’observation, c’est une action concrète. Je sais qu’on s’observe, qu’on pose des questions, qu’on a des rencontres, puis on fait des tours de table, mais tout ce modèle-là, il n’est peut-être pas porteur de ce qu’on cherche non plus.

Louis : J’ai un ami qui dit que ce n’est pas le temps qui passe, c’est nous qui passons dans le temps.

Johanne : C’est très juste, puis c’est beau et poétique.

Louis : Oui, c’est un ami très poétique. Ce n’est pas évident, là, je t’écoute. Maintenant que je suis autour de la table avec mon équipe, avec tout ce que j’ai dans la tête, les contraintes et cetera, quel est le premier conseil ou un conseil que tu donnerais à une jeune direction qui débute, qui veut?

Johanne : Être là. Ça me ramène tellement, c’est à être présent. C’est plus que 35 ans de métier, combien de réunions pensent sans laisser de traces? Combien de moments passons-nous ensemble sans nécessairement être ensemble? Ce n’et pas une grande vérité que je sors, c’est juste un constat simple. Avec les outils technologiques aujourd’hui, c’est partout et nulle part à la fois. Je peux être ailleurs sans être là. Je dirais, la première chose, la qualité de la présence et est-ce qu’on est là? Quand je suis là, suis-je là à 100 %? Je peux être là deux minutes, mais un vrai deux minutes. Quand j’écoute, suis-je à l’écoute ou suis-je en train d’écouter et de me parler à la fois? Le dialogue interne, on connaît ça. C’est tous ces processus-là qui font qu’à un moment donné ça ne s’arrête pas. On passe à travers plein de choses, les opportunités sont sur la table, puis, on est ailleurs. On veut bien faire, on est coincé dans cette affaire-là, c’est les fameuses phrases : « Vas-y, dépêche-toi, j’ai cinq minutes pour toi. Vas-y, j’ai cinq minutes. » Si ça prend sept minutes, au cas, on y voit tout. C’est plein de choses absurdes comme ça, mais on les maintient parce que ça va comme ça.

Un, je m’arrête. Deux, est-ce qu’on peut s’arrêter à certain moment? Je ne dis pas tout le temps, mais, à un certain moment, dans cette écoute de cette authenticité qui est la base de : « Okay, qu’est-ce qu’on est en train de dire? Qu’est-ce qui se passe? Est-ce que je suis là? »

Louis : Oui, j’entends ce que tu dis. En même temps, je me dis comment on développe ça, cette lumière rouge qui dit : « Ça, c’est une occasion. » Parce que tu dis : « Il y a des occasions qui se présentent. », mais ce n’est pas un mécanisme à travailler, ça, à encourager? Parce que, peut-être que, quand j’étais en train de parler avec toi, puis, tu dis : « Il l’a pas eu un doute là, il aurait pu embarquer là. », mais comment on fait pour être allumé, justement?

Johanne : Justement, le contraire de ce que tu viens de me dire. Tu vois, là, tu es aller choisir le truc. Quand je t’écoute, je fais juste écouter. Pratiquer la non-attente, vraiment, ça a de l’attrait. Des fois, je lance tout ça, mais il faut comprendre c’est quoi tout le processus d’intelligence collective. La non-attente, ça, c’est quelque chose qui est intéressant. Je suis assise devant toi et j’ai zéro attente. Je suis ici, c’est tout. Je ne suis pas dans un jugement, je ne suis pas dans l’attente de quelque chose, je ne suis pas dans ma performance, je ne suis pas en train d’évaluer ta performance. C’est extrêmement complexe pour le cerveau que de s’arrêter. Je pourrais être en train de te parler, il peut être en train de me dire : « J’aurais tellement le goût d’un autre café finalement. Il fait bien froid dans cette salle-là. » Là, je suis dans la salle à côté, est-ce que j’ai pensé? Je suis capable, je le fais présentement, puis, je peux mettre trois discours en même temps. Ça, on la connaît cette réalité-là.

Maintenant, est-ce qu’il y a quelque chose qui se passe? C’est parce que, si je suis tout partout et nulle part à la fois, des événements significatifs, il y a un instinct, je dirais, là, retourner à la source, c’est retourner à notre instinct de dire : « Il y a quelque chose qui se passe. » J’ai beaucoup fait d’accompagnement de clientèle en grande difficulté. Les plus beaux moments de tout ce temps-là, c’est lorsque j’étais arrêtée, puis, je ressentais. Le ressenti qui me disait : « Là, il vient de se passer. » C’est la récurrence en communication. S’il fait ça une fois, la personne met le même mot, me donne cinq fois le même état. Il se passe quelque chose pour l’autre. Là, est-ce que j’ai les moyens de m’arrêter, puis de dire : « Je trouve intéressant, qu’est-ce que tu veux dire par? » C’est se prendre. Je n’ai pas besoin de deux heures, je n’ai pas besoin de préparer des rencontres qui ne finissent plus. J’ai juste besoin d’être dans ma qualité de la présence, puis d’être là. Je prends pour acquis que nous sommes des êtres intelligents et très compétents. Ce qui fait que ce n’est pas là-dedans que ça se joue. Je ne pense pas que c’est là que ça se joue.

Louis : Je suis béat. [rires] Pour continuer encore avec cette chère direction qui veut en savoir plus. Si tu avais à conseiller une ressource qui parle d’intelligence collective, qu’est-ce que tu me suggérerais?

Johanne : De venir à mon atelier.

Louis : Oui, sûrement.

Johanne : Ce matin, cet après-midi, je vais faire ma pub. [rires]

Louis : Si on se parle dans 6 mois. [rires]

Johanne : Je pense que l’intelligence collective, dans toute bonne librairie, il y a beaucoup d’écrits qui sont intéressants par rapport à ça. Déjà, je vous dirais, je suis une instinctive, si c’est quelque chose qui résonne en moi, pas résonner dans le sens de la pensée, mais résonner dans le sens de, je sens un peu comme les diapasons. Quand on joue avec des diapasons, c’est intéressant la vibration. J’irais vers mon équipe, puis j’irais vers le monde, puis je dirais : « J’ai écouté cet affaire-là, puis ça résonne en moi. » Qu’est-ce qu’on en pense? Pas besoin d’aller lire 50 études, 3-4 thèses de doctorat, malgré que c’est super intéressant, je suis la première à tous les lire, mais je prendrais mes bons vieux post-it, puis je me dirais : « Okay, on prend tout 10 minutes, puis on va commencer à désigner quelque chose avec ça. » Ça résonne comme, est-ce que ça parle? Est-ce qu’on en a besoin? Est-ce qu’on est dans le contexte? Est-ce que c’est-ce qu’on a besoin? Ce n’est pas une mode, ce côté, il faut le faire.

Je partirais dans du concret. On l’a dit au début, on veut inspirer, on veut influencer, on veut mobiliser. Soyons-le. J’irais là-dedans. D’ailleurs, on va utiliser des post-it dans mon atelier. On va designer. L’artiste n’est jamais bien loin.

Louis : C’est ça. Exactement. La prochaine question est un petit peu différente. Je te dis un mot et tu me donnes deux-trois phrases.

Johanne : Merci pour la troisième. [rires]

Louis : Je commencerai par confiance.

Johanne : La base de la réussite, la base de tout. Je suis rendu à deux phrases.

Louis : Tu peux.

Johanne : Tu peux mettre de longues phrases.

Louis : Oui.

Johanne : Merci. La confiance est à la base de tout ce qui est possible. La confiance est à la base de tous les rêves qu’on peut avoir. Rêver grand, rêver haut. Pas dans un slogan, mais vraiment de dire : « Si je suis dans une équipe où il y a cette confiance mutuelle. Pas une confiance aveugle où on peut faire– ce n’est pas ça. Une vraie confiance, on va être capable de communiquer, on va être capable de pas être d’accord, on va être capable de se responsabiliser, on va être capable de s’amener vers de la réussite, puis d’atteindre des résultats. » Si vous avez lu Lencioni, vous venez de retrouver la pyramide de Lencioni dans ce que je viens de vous dire. Au-delà de ce qui a été écrit et de ce qui a été dit, ça se valide, ça se vérifie. Quand il n’y a pas de confiance, il n’y a rien de possible. Ce qui fait que la confiance égale l’intelligence collective. C’est un peu le terreau, je vais le mettre comme ça, trois paragraphes plus tard.

Louis : Excellent. Si je reprends le mot mobiliser, tu dis quoi?

Johanne : Être mobile. C’est-à-dire, pour moi, mobiliser, il n’y a rien de scléroser dans la mobilisation. Il y a une mobilité, c’est-à-dire, il faut devenir mobile, il faut devenir souple et adaptable. Mobiliser, c’est prendre ce qui est là, c’est prendre ce qui est tout et en faire quelque chose. C’est là où je reviens avec mon exemple de dire : « Si je connais bien les partitions, si je connais bien les instruments de musique, ça ne donne pas une grande symphonie. » Maintenant, si je veux une symphonie, il faut mettre ensemble. Moi, mobiliser, c’est avec ce qu’on a de bon, c’est avec nos limites, c’est avec ce qui fonctionne, c’est avec nos problématiques, c’est avec ce qu’on a de bon. C’est ça mobiliser. Ce n’est pas quelque chose qui est fixe, qui est rigide, mais c’est quelque chose qui demande justement de garder cette mobilité-là, d’être capable de bouger. Je le mettrai avec ça ce matin.

Louis : Prochain mot, je te dis : enfant.

Johanne : J’en ai sept petits-enfants. [rires] Là, vous me partez. Là, c’est le centre de l’univers. J’ai un petit côté le Petit Prince de Saint-Exupéry. Lorsque je vois mon petit-fils Félix qui est tout blanc, tout ça, je le regarde, tout ça, c’est mon petit prince. Pour moi, un enfant, c’est le centre de l’univers, puis j’aimerais qu’on puisse se dire que nous sommes tous des enfants en apprentissage jusqu’à la fin. C’est que ça serait une fin qu’on n’oublie pas, cette portion-là, que ce centre de l’univers-là y est en grand ouverture, il est en grande disponibilité. C’est un privilège de pouvoir côtoyer des enfants. C’est un grand privilège, alors soyons bon envers ces petits.

Louis : Prochain mot « Louis » : le titre d’un livre.

Johanne : Mon Dieu, je n’ai pas de mémoire. Je te parle de couverture, de couleur. Je lis beaucoup de philosophie présentement. J’essaie de me raccrocher à toutes sortes de trucs qui me permettent de me ramener à ma portion d’humaine, de sensibilité. Je suis un papillon, je suis un peu hyperactive là-dedans. Je te dirais que j’ai des livres tout partout chez moi. Ces deux-trois pages à une plage, j’en ai– Je me laisse aller, je me laisse choisir. Je me suis toujours laissée choisir dans les livres à savoir de me dire : « Qui m’interpelle et qu’ai-je besoin d’apprendre? » Je vous dirais lire absolument. Lire un livre qui a quelque chose dans la sensualité du papier, je suis très tactile, ça fait que j’ai encore besoin de ça, que je ne retrouve pas avec une liseuse ou avec des technologies qu’on a aujourd’hui, mais de lire en dehors du cadre de se laisser choisir, puis de se laisser émerveiller. Pour moi, la lecture, c’est encore ça. Beaucoup de philosophie présentement.

Louis : Dernier mot, c’est le mot que beaucoup de gens disent par les temps qui courent : intelligence artificielle.

Johanne : [rires] Mon Dieu. Intelligence artificielle. C’est le mot artificiel qui me– C’est ça. Oui, on est là. Je suis encore bivalante par rapport à cet outil-là. C’est magnifique. Comme toute chose magnifique et puissante, je me suis dit tout le temps, le cadeau est peut-être un peu gros pour les mains qu’on a. Sommes-nous encore capables de pouvoir avoir un peu de recul? Je suis certaine qu’on va arriver, dans plusieurs années qui viennent, à avoir un peu la cohabitation avec ces outils d’une performance exceptionnelle. Il semblerait qu’on reste encore maître d’œuvre des trucs, j’en doute encore. C’est comme rencontrer quelqu’un, c’est comme une date, finalement, avec quelqu’un qui vient de loin, puis qu’on ne sait pas encore. Je suis encore très prudente par rapport à ça et je découvre. Je suis comme l’enfant. Je vais à la découverte de ça.

Louis : Écoute, on arrive presque à la fin du balado. Ma dernière question avant la conclusion, c’est, est-ce qu’il y a une question que tu aurais aimé que je te pose durant ce balado? Si oui, laquelle?

Johanne : Comment je me sens ce matin? [rires] Tu vois, là, ici maintenant, qui revient. Ce n’est pas juste d’en parler s’il faut l’habiter. C’est drôle parce que je disais avant qu’on commence, je dois le dire parce que je trouve ça trop rigolo. Je me suis réveillée avec une chanson d’une émission en tête : En direct de l’univers. Avec les chanteurs qui [chantent], puis je me suis dit « Oh my God! quelle journée devant moi! » C’est un peu, c’est ça, dans cette espèce d’énergie que je me sens. Là, ici maintenant, bien, tout est cocréation. C’est ce que ça a donné ce matin. Tu me poserais la question demain, fort probablement que ce serait autre chose.

Louis : Dernière question. Je pourrais faire la conclusion de notre balado. Qu’est-ce que tu voudrais que les gens retiennent de notre conversation qu’on a eue ce matin?

Johanne : Croire qu’il y a du possible. J’irais dans quelque chose– On est dans un univers présentement qui est très anxiogène, avec des changement perpétuels et rapide de toutes sortes de côtés, puis on perd le focus. Ça serait facile de perdre quelque chose là-dedans parce qu’on se sent peut-être menacé. L’intelligence collective, ça appartient à l’humain, ce n’est pas d’hier matin, c’est ce qui nous a permis d’être en 2025. J’aurais le goût de dire à nos directions, dans nos fonctions, dans nos écoles, ou peu importe dans les rôles qu’on a, de poursuivre ce chemin-là, de continuer de rêver du monde qu’on veut mettre en place pour nos enfants, pour nous, parce qu’il y a du possible, malgré que ça brasse, qu’on a l’impression qu’on est peut-être un peu à spin dans une laveuse. On peut mettre le cycle délicat. Je dirais, arrêtons d’intellectualiser, puis expérimentons, c’est dans la réalité. C’est comme ça que l’intelligence collective prend toute sa beauté. C’est tout, on sort un post-it, papier, on s’installe, on le fait, puis venir à mon atelier conférence, quel grand mot, à mon atelier. À deux fois aujourd’hui [rires]. Vous ne pourrez pas vous débarrasser de moi aussi facilement [rires].

Louis : Aujourd’hui, en conversation avec moi, c’était Johanne Panneton, qui est consultante en santé émotionnelle au travail. Johanne, merci beaucoup.

Johanne : Ça a été un grand plaisir.

[musique]

Louis : Merci d’avoir pris le temps d’écouter ce balado hors-série. Pour avoir accès aux autres épisodes, visitez les sites Internet de l’ADFO ou du Centre franco. Vous pouvez aussi les retrouver sur Spotify, Apple Podcasts et sur baladopedago.com, un site qui propose une riche séléction de balados éducatifs en français. Enfin, pour découvrir l’ensemble de nos nouveautés, consultez nos réseaux sociaux ou communiquez avec nous.