
Entretien avec Cindy Turpin – L’enseignement en petits groupes en mathématiques
Dans cet entretien, Cindy Turpin, reviendra plus en détails ce qui a été présenté lors des Instituts d’été. Vous pouvez revoir l’enregistrement ici.
Je suis conseillère pédagogique au Conseil scolaire de district catholique de l’Est ontarien (CSDCEO) depuis août 2016. J’ai aussi eu la chance d’enseigner pendant dix ans dans plusieurs écoles du CSDCEO. J’ai pris part à plusieurs projets pédagogiques et j’ai assisté à une variété de formations et d’accompagnements principalement en mathématiques. Au cours des neuf dernières années, j’ai offert plusieurs formations en numératie, en littératie, en différenciation et en gestion de classe. Passionnée de pédagogie, je m’intéresse aux différentes stratégies d’enseignement. Je crois beaucoup au travail d’équipe, à l’innovation et à la collaboration.
Entretien avec Cindy Turpin – L’enseignement en petits groupes en mathématiques
Transcription
Louis : Vous connaissez les entretiens audio du Centre franco? Chaque épisode a moins de 25 minutes, et l’on y discute pédagogie à la suite d’une formation offerte lors des Instituts. Restez à l’écoute. Ça commence dans 3, 2, 1.
Aujourd’hui, je me retrouve, après avoir écouté la formation de Cindy Turpin, avec elle justement dans un entretien pour continuer à parler pédagogie. Bonjour, Cindy!
Cindy Turpin : Bonjour, Louis!
Louis : Peut-être en commençant comme ça, est-ce que tu pourrais résumer simplement ta formation pour les gens qui n’ont pas eu encore la chance de pouvoir l’écouter?
Cindy : Oui, certainement. La formation que j’ai offerte aux Instituts, cet été, c’est une formation sur l’enseignement en petits groupes, parfois qu’on appelle aussi l’enseignement guidé. Ce qu’on a fait, c’est qu’on a vu étape par étape comment mettre en place, dans sa salle de classe, l’enseignement guidé, l’enseignement en petits groupes.
Louis : Okay. J’imagine que c’est essentiel pour enseigner les mathématiques. Pourquoi est-ce qu’une personne devrait utiliser justement cette stratégie?
Cindy : Le Ministère ayant sorti un document qui s’appelle Les pratiques à fort impact, en 2020, en même temps que le programme-cadre en mathématiques, et l’enseignement en petits groupes fait partie des pratiques à fort impact. Selon moi, je crois que c’est la pratique qui a le plus d’impact sur les élèves parce qu’on peut en profiter pour faire une multitude de choses avec un petit groupe d’élèves. Soit rattraper les défis de certains élèves ou amener les élèves plus loin. Ceux qui vont déjà bien, on va les amener plus loin dans l’enseignement en petits groupes.
Louis : Ayant été prof dans ma vie, ayant fait travailler mes élèves en groupe, est-ce qu’il y a quelque chose que tu pourrais me dire : « Oui, mais, Louis, là, n’oublie pas tel élément parce que ça change la donne au complet »?
Cindy : Je pense que c’est l’intention de l’enseignant. Je pense qu’il faut être intentionnel et bien planifié. Je pense que la planification et l’intention, c’est la clé. Peu importe ce qu’on va faire dans nos cours, soit en maths ou dans n’importe quelle matière, je pense qu’il faut être vraiment intentionnel. Donc, définir ce que je vais voir avec les élèves, pourquoi je vais voir ça, de quelle façon je vais le faire. Je pense qu’il faut planifier notre questionnement parce que c’est un art, questionner. Je pense que c’est important de poser les bonnes questions pour amener les élèves à réfléchir pour les amener plus loin.
Il ne faut pas dire nécessairement ce qu’un élève devrait être capable de nous dire, il faut le faire découvrir. Je pense que la clé, c’est l’intention et la planification.
Louis : Là, tu viens de mentionner un mot magique : questionner. Comment je sais que ma question est bonne quand je pose des questions à mes élèves? Y a-t-il des critères, comment je sais?
Cindy : C’est une bonne question. Je pense que les questions, il faut qu’elles soient ouvertes, puis qu’on ne peut pas répondre nécessairement par oui ou par non parce que, là, on va fermer notre question, ce qui fait qu’on n’a pas de développement. Il y a de belles monographies aussi sur « l’art de questionner » qui proposent de chouettes questions, c’est extraordinaire. Si tu tapais là, vous la cherchez : « monographie, l’art de questionner ». Il y a de belles questions qui peuvent nous aider aussi en tant qu’enseignants.
Je pense que, quand on commence, comme j’ai mentionné dans la formation, on peut simplement regarder les élèves faire sans même nécessairement interrompre. Vous allez voir, les questions vont venir seules, mais si je donne une addition ou une soustraction, ou des nombres à compter à un élève, des pompons, peu importe, à dénombrer, on va voir plein de choses, puis le questionnement va venir naturellement. Puis, éventuellement, on peut planifier. Un cas qu’on va voir : des fois, on parle trop, puis on s’en rend compte. Souvent, on va s’en rendre compte, mais il faut être indulgent envers nous-mêmes quand on commence une nouvelle stratégie.
Je pense que, souvent, on veut que ce soit parfait la première fois, mais je pense qu’il faut aussi laisser le temps. Je pense que ce sont juste des questions : Pourquoi? Comment le sais-tu? Explique-moi. Peux-tu élaborer? Je pense que des questions simples, simples comme ça, puis ne pas donner de réponse nécessairement.
Louis : Je rappelle aux gens qu’il est possible d’aller écouter la formation que tu as offerte aux Instituts cet été, mais si tu avais eu la chance d’avoir plus de temps à la formation cet été, où est-ce que tu nous aurais amenés?
Cindy : La prochaine étape, je pense, de ma formation, ce serait de planifier ce que font les élèves pendant qu’on fait l’enseignement guidé. On a mis l’accent sur l’enseignement en petits groupes, l’enseignement guidé, c’est environ 80 % de notre planification qu’on a mentionnés parce que c’est là qu’on fait progresser les élèves. On a parlé rapidement de ce que font les autres élèves parce qu’on sait que, quand on a une vingtaine, une trentaine d’élèves dans notre salle de classe, il faut les occuper, ces enfants-là. Je pense que je serais allée avec les choix qu’on peut offrir.
On peut faire un carrousel des centres, des stations, peu importe comment on les nomme, ou ça pourrait être aussi simple, car on a mentionné la formation, tout le monde fait la même chose, tout le monde fait un travail autonome, tout le monde fait un jeu de mathématiques pendant que je rencontre un groupe d’élèves. Si l’on veut aller un peu plus loin, j’irais avec « offrir des choix aux élèves » parce que l’élève est capable de s’autoréguler, de savoir ses besoins, de savoir où est-ce qu’il va s’améliorer. Donc, un élève pourrait choisir d’aller pratiquer les faits de multiplication dans un centre parce qu’il sait que c’est quelque chose qu’il a besoin de pratiquer.
Je pense que j’irais un petit peu plus loin, offrir des choix aux élèves. Je pense que j’aurais offert une formation sur : Qu’est-ce qu’on peut offrir comme choix à nos élèves? Puis, comment aussi qu’un choix peut devenir graduel? Si j’ai un groupe d’élèves, j’ai un centre, je n’ai pas à le planifier 50 fois; par exemple, si j’ai un jeu de cartes dans un centre, je suis en première année, je commençais toujours avec un jeu très simple : la bataille. Ils tournent une carte, la plus grosse gagne. C’est facile aussi pour les élèves avec des cartes de compter le nombre d’objets.
C’est pour ça que j’aime beaucoup utiliser les cartes, mais si mes élèves sont un peu plus forts, on va aller plus loin. Là, je vais dire : « Tourne deux cartes. » Avec deux cartes, ils peuvent additionner leurs deux cartes. Donc, la bataille des nombres devient l’addition ou une représentation. Je pourrais dire : « Tourne deux cartes. », par exemple, un 4 et un 5 peuvent devenir 45 ou 54. « Essaye de trouver le plus grand nombre pour battre ton adversaire. » Donc, un même jeu de cartes peut devenir un peu plus difficile ou un peu plus facile. C’est juste d’y réfléchir. Je n’ai pas besoin de planifier trop de centres ou de stations, je pense, c’est de la simplicité.
Louis : Tu me rassures parce que, moi n’ayant jamais enseigné en première année ou chez les petits, j’ai l’impression que c’est beaucoup de travail offrir des choix pour mes élèves. Comment je fais si je suis un nouvel enseignant ou une nouvelle enseignante, et puis il faut que je planifie toutes mes matières et je déborde, je n’ai pas assez de temps pour planifier, comment je peux mettre ça en œuvre?
Cindy : Tu as raison. On entend souvent ça que les élèves de première année sont trop petits, mais il ne faut pas oublier que, peu importe le niveau, il arrive des maternelles et des jardins qui ont des centres, qui ont le choix aussi d’aller vers le centre, vers leurs intérêts. Il ne faut pas se compliquer la vie, comme j’ai mentionné. Ça peut être aussi simple qu’un jeu de société. Les jeux de société, il y en a plein; par exemple, si tu prends le Serpents et échelles, tu as la reconnaissance globale avec les dés qu’on va jouer.
Tu as une grille de 100. Dans le fond, on joue sur une grille de 100. On va compter par banc qu’on va faire. On va même compter à rebours parce qu’on va descendre les serpents. On peut y donner une twist aussi, mettre deux dés à la place. Je mettais les effets aussi dans un petit sac, des tables d’addition, des tables de soustraction que les élèves peuvent pratiquer en jouant à Serpents et échelles. On a les jeux de cartes. On a juste la représentation aussi avec le matériel de manipulation. Donc, on peut mettre plein de matériels; j’avais les « assiettes à pois », pratiques à regarder.
On a aussi—Juste, par exemple, représenter des nombres ou compter. Donc, « Estime et compte. ». C’est un centre qui revenait très souvent. Des sacs avec des objets variés. Les élèves estiment combien il y en a dans le sac et, ensuite, les comptent, donc très facile à planifier. Je pense que de petites idées comme ça, ça peut être aussi simple que j’ai cinq stations avec cinq additions différentes, mais avec du matériel de manipulation différent.
Les élèves font la rotation des stations, mais j’ai juste à planifier cinq additions avec cinq matériaux différents. Des cadres à 10, Rekenrek, cubes emboîtables, matériel de base 10. Ça va de tous les niveaux. Les jeux de cartes. On peut aussi demander aux élèves d’inventer des jeux. « Invente des jeux. » ou « Présente un jeu que tu as appris à la maison, un jeu de cartes auquel tu joues à la maison. » Il y en a plein qui apportent des jeux avec lesquels ils s’amusent déjà. Dans une station, c’est peut-être « Invente. », puis on peut faire un lien en littératie. « Écris les règles du jeu. », et ainsi de suite.
Louis : C’est incroyable. En l’espace de trois minutes, tu as mentionné à peu près une vingtaine de façons. Là, concrètement, ça va durer combien de temps, ça? Parce que, là, si j’ai bien compris, là, pendant que je rencontre mon petit groupe, les autres vont se retrouver ensemble. Là, tu as dit : « Admettons que j’en ai cinq centres, je vais faire ça combien de temps? Je fais une rotation ou comment je m’organise après que j’ai créé les activités? »
Cindy : C’est une bonne question. Normalement, on veut rencontrer deux ou trois groupes d’élèves, donc on va faire deux, trois rotations. Pour commencer, si l’on veut vraiment faire des centres ou des stations, on peut juste faire les centres et les stations, pratiquer la rotation, donc arrêter après deux minutes, dire : « Comment est-ce qu’on modèle? Comment se comporter dans un centre ou dans une station? » Ensuite, on va ajouter l’enseignement guidé. Mais, après deux ou trois minutes, on va arrêter, on va pratiquer les rotations.
Après ça, c’est à l’enseignant de gérer comment il veut le gérer aussi. Il y en a que j’ai vus qui font une simple rotation parce qu’ils ne veulent pas gérer nécessairement les rotations, donc ils font une station, ils vont à la récré, ils font une deuxième station, ça peut être comme ça. Moi, j’aimais faire mes centres l’après-midi parce qu’on bougeait beaucoup. J’en faisais peut-être pour 40 minutes de centres. Donc, j’avais trois ou trois rotations dépendant du nombre de minutes. Mais, souvent, les élèves, surtout les petits niveaux, après sept, huit minutes, ils en ont assez.
Louis : Il faut changer.
Cindy : En troisième, quatrième année, j’allais jusqu’à 12 à 15 minutes, mais je n’ai jamais dépassé 15 minutes. Ça, c’est le maximum qu’on devrait, je pense, dépendant de nos élèves, mais on ne devrait pas dépasser.
Louis : Ma dernière question pour ça, là. Comment je peux quantifier les progrès de mes élèves quand ils sont dans les centres? Parce que je ne suis pas avec eux. Je ne le sais pas.
Cindy : C’est une bonne question. Souvent, on va demander aux élèves. Si c’est des jeux ou des choses comme ça, ils vont juste pratiquer, puis on va voir leurs progrès quand on va les voir en enseignement guidé. Si c’est quelque chose, par exemple une feuille de travail autonome que je veux mettre, une feuille papier- crayon, je pourrais les ramasser, mais on ne veut pas nécessairement se créer de la correction ou se créer du travail de surplus.
Souvent, les observations, 90 % de nos observations, vont se faire pendant l’enseignement guidé. C’est pour ça que c’est important de voir tous nos élèves. C’est certain qu’on va voir ceux qui ont des défis plus souvent. Les autres élèves, on va les voir aussi pour prendre des notes, des observations. S’il y a quelque chose qu’on veut vraiment, par exemple, s’ils ont inventé un jeu, et puis ils veulent faire les règles, on pourrait demander aux élèves de se filmer pendant qu’ils expliquent leur jeu.
On pourrait demander aux élèves aussi de prendre une photo, puis d’expliquer en mots ce qu’ils ont fait, ce qu’ils ont observé. Souvent, ils sont très bons pour prendre des preuves d’apprentissage. J’ai un exemple comme ça. J’ai un exemple en littératie qui me vient en tête. Mes élèves se filmaient lire. Il y en a un qui filmait l’autre lire, puis ils donnaient de la rétroaction sur sa lecture, puis ensuite les deux écoutaient les deux lectures.
L’élève s’entend lire, puis il peut lui-même s’autoévaluer dans le fond, puis se dire : « J’ai lu trop vite. On ne comprend pas les mots. » C’est un exemple en français, mais ça pourrait être aussi bien en mathématiques. L’élève explique ce qu’il est en train de faire, comment il représente les nombres avec le matériel, pourquoi utiliser ce matériel-là. On peut demander à un centre d’ajouter une tablette ou un Chromebook pour filmer cette petite partie-là aussi.
Louis : Ça a l’air tellement facile. J’aime ça. Ce sont de bonnes idées, franchement. Finalement, c’est organisé presque pour que, avec une intention toujours, mais que l’élève apprenne malgré lui. Parce que, s’il va jouer ou s’il va compter ou s’il va inventer, s’il va expliquer, ça demande une compréhension du concept pour faire quelque chose avec. On disait toujours que, pour apprendre quelque chose, c’est correct de l’écouter. Si je suis capable d’en parler, là, ça veut dire que j’ai maîtrisé encore plus. Finalement, c’est ça, là.
Cindy : Exactement. Apprendre par le jeu. Souvent, on apprend plus facilement, puis faire confiance aux élèves. Parce que, souvent, en tant qu’enseignant, on veut être partout, puis on veut toujours écouter et voir tout. Il faut faire confiance aussi. Je disais : « Si les élèves n’ont pas compris le jeu ou s’ils ne le font pas de la bonne façon, ils apprennent autre chose, ils collaborent, ils s’écoutent, ils attendent leur tour, donc ils pratiquent autre chose, puis ils s’amusent. » Juste apprendre et souvent juste en changeant de place, je trouve que toutes les 10 minutes, ça leur permet de s’autoréguler, puis de prendre leur place dans la classe et de s’assurer qu’ils ont bougé au courant de la journée.
Parce que, souvent, rester assis à notre place toute la journée, c’est long pour un adulte, donc pour un enfant, c’est archi long. Moi, souvent, les centres permettaient justement de bouger, de faire autre chose, de se placer à un autre endroit dans la classe, de choisir un endroit. Il demandait : « Est-ce qu’on va faire des centres aujourd’hui? » Ils disaient souvent qu’ils ne voulaient pas manquer le meilleur centre. Le meilleur centre, selon eux, c’est l’enseignement guidé. Même si c’est là qu’ils travaillent le plus fort, ils aiment beaucoup leur temps avec l’enseignant.
Étonnamment, dans toutes les classes que j’ai faites, j’ai enseigné par centre pendant les 10 ans que j’ai eu la chance d’enseigner, et il me disait toujours que le meilleur centre, c’était l’enseignement guidé ou l’enseignement en petits groupes parce qu’il y avait un moment privilégié avec l’enseignant.
Louis : Je sais que c’est très important dans ton contexte scolaire. Finalement, on permet à l’élève de s’entreprendre. On donne du pouvoir aux élèves par rapport à son apprentissage. Ça ne veut pas dire qu’on ne fait rien, puis on le laisse aller là parce que, tu l’as mentionné à plusieurs reprises. On a toujours une intention, puis après ça, on est capable de vérifier les apprentissages, puis on donne du temps de qualité à nos élèves quand on les rencontre en petits groupes, en guidé.
Cindy : Exactement.
Louis : Finalement, on est capable de monitorer les apprentissages. Waouh!
Cindy : Exactement. L’élève s’entreprend, puis, souvent, même rendu au milieu de l’année, quand ça fait souvent que je fais de l’enseignement, les élèves, je leur disais : « Qu’est-ce que tu aimerais travailler avec moi? Qu’est-ce que tu as besoin de travailler? » Ils étaient capables de choisir, sélectionner, dire : « J’aimerais revoir la monnaie parce que je sens que j’ai besoin de travailler ça. » Souvent, même en donnant la parole à l’élève parce qu’on ne sait pas toujours, parce que les élèves, souvent, vont performer là où ils vont trouver, mais on ne sait pas leur petite lacune.
Donc prendre le temps de les écouter, puis leur demander : « Qu’est-ce que t’aimerais travailler aujourd’hui avec moi? » Souvent, ils sont meilleurs que nous pour déceler ça. L’élève s’entreprend. Quand on offre des choix, on pense souvent : « Si j’offre des choix, ils vont juste aller jouer, puis ils ne choisiront pas selon leurs besoins. » Peut-être qu’il y en a quelques-uns qui vont commencer par ça. C’est normal parce que, des fois, on a besoin de juste décompresser. Nous aussi, des fois, on va choisir de lire un livre qui va nous amuser parce qu’on a besoin de ça, puis c’est correct.
La majorité du temps, dans 95 % des cas, ils vont choisir quelque chose qu’ils ont vraiment besoin de travailler. L’autre 5 %, nous, dans notre enseignement guidé, on a juste à rattraper ça. On vient à connaître tellement nos élèves que c’est facile de les ramener à niveau.
Louis : J’imagine parce que, pendant que tu disais ça, je pensais à mon élève en difficulté. Pour lui et elle, c’est plus facile d’avoir du succès, puis de réussir. Parce que, s’il choisit au départ, si c’est toujours difficile, puis toujours de la difficulté, probablement qu’au départ il va choisir des choses plus faciles, mais c’est bon. C’est bon pour son estime, c’est bon pour sa confiance. Après ça, au fur et à mesure que ça va se développer, il va aller plus loin. Parle-moi justement de l’impact au niveau des élèves qui ont des difficultés.
Cindy : En travaillant justement en petits groupes, souvent on va choisir le groupe d’élèves selon les besoins. Ils vont toujours varier parce que ce n’est pas nécessairement les mêmes élèves qui ont les mêmes besoins. Quand on travaille en petits groupes avec les mêmes besoins, l’élève qui se retrouve avec son petit groupe se rend compte qu’ils ont le même type d’apprentissage, donc ils vivent des petits succès parce qu’on commence avec où est-ce qu’ils sont rendus. Donc, on peut progresser avec eux.
L’élève progresse, puis en vivant des progrès, en vivant du succès, il y a intérêt, il a hâte de revenir le lendemain parce qu’il sait qu’il va vivre des succès. C’est important de commencer avec eux à la base basse, puis de déceler leurs besoins. C’est pour ça l’importance aussi, on a mentionné dans l’étape 1, d’apprendre à connaître les élèves, d’apprendre à connaître leurs besoins parce que, si l’on ne connaît pas nos élèves, ou si l’on ne sait pas quels besoins, puis on travaille du n’importe quoi, les élèves ne progresseront pas nécessairement.
Les élèves qu’on connaît, où travailler, aller chercher leurs lacunes, et l’on travaille étape par étape avec eux. Ils vont vivre du succès, donc ils vont vouloir apprendre. Si, comme on mentionne, c’est trop difficile, ils ne sont pas capables, je ne réussis pas, comme si j’enseignais à ma salle de classe au complet, ils ne vivent pas nécessairement de succès immédiat, donc c’est plus difficile d’aller les chercher, l’écart se creuse de plus en plus. C’est pour ça l’importance de commencer le plus rapidement possible pour ne pas que l’écart se creuse plus.
Louis : C’est incroyable, Cindy. Je rappelle à tout le monde que c’est possible d’aller écouter l’enregistrement de la formation qu’il y a eu aux Instituts. J’arrive à ma dernière question parce que le temps s’écoule. Là, j’ai écouté ça, je viens de nous écouter, et je me dis : « Okay, demain matin, je fais quoi? Je fais quoi demain matin, ou lundi prochain, ou dans les prochains jours? »
Cindy : Comme la première étape, c’est vraiment, si je connais déjà mes élèves, si je ne les connais pas, c’est d’apprendre à connaître nos élèves, vraiment de faire des diagnostics pour savoir les besoins, de former les groupes. De former les groupes, soit, là on a parlé de numératie, mais si je veux faire des centres en littératie aussi, eh bien, c’est de former mes groupes, dépendant des besoins, dépendant de mon intention pédagogique. Quand j’ai mes groupes, ça va être de commencer un petit pas à la fois, et se donner du temps. Vraiment de mettre une cible loin, de se donner quelques semaines pour le mettre en place pour que ça fonctionne. Parce que, si je dis : « Ça va fonctionner demain matin. », c’est bien rare.
Ça fonctionne comme ça, on veut vraiment se donner du temps parce qu’on est difficiles sur nous-mêmes, surtout les enseignants, on veut que ça marche tout de suite, mais se donner du temps, je pense que c’est la clé. Demain matin, on peut commencer à le mijoter, puis se donner une étape à la fois. Je pense que c’est de morceler, de faire un petit deux minutes, d’arrêter, puis d’avoir de bons critères coconstruits avec les élèves de ce qu’on attend d’eux. Je pense que c’est ça définir nos critères, former nos groupes, puis se donner du temps.
Louis : Parce que c’est certain, comme tu as dit, que nos élèves ne seront pas experts du premier coup. Puis, ils n’auront pas tout compris des consignes, de la façon de faire, et cetera. C’est comme courir un marathon ou jouer du piano, il faut que tu commences tranquillement, il faut que tu pratiques. Des fois, tu as l’impression que tu n’avances pas, mais c’est à l’usure finalement. Écoute, Cindy, oui, je voudrais juste dire que–
Cindy : Je voudrais juste dire de revenir sur les critères, c’est important. Chaque fois qu’on fait des centres ou qu’on fait de l’enseignement en petits groupes, de revenir sur nos critères, puis de se donner de la rétroaction, donc de définir ce qui a bien été, ce qui a moins bien été, puis de se mettre des mots sur ce qu’on a vécu, de se donner une prochaine étape en équipe-classe, de définir nos prochaines étapes ensemble aussi. Ce n’est pas juste l’enseignant, c’est vraiment une équipe qu’on fait avec nos élèves.
Je pense que c’est pour ça l’importance de coconstruire parce qu’ils vont nous dire des choses que, des fois, on n’aura pas pensé, mais de les utiliser. Les critères, c’est vivant, donc on devrait les redéfinir et y revenir à tous les jours jusqu’à temps qu’au moins ça fonctionne. Après ça, ils sont toujours là, ils sont affichés si l’on a besoin de revenir, mais vraiment dans les premiers jours, les premières semaines, y revenir tous les jours, puis se donner de la rétroaction.
Louis : Rien n’empêche d’aller visiter un ou une collègue qui le fait dans sa classe aussi.
Cindy : Quelle bonne idée! On encourage souvent ça d’aller visiter un collègue ou une collègue, ou même des collègues parce que, des fois, on va dire : « J’aime moins cette façon-là, je vais peut-être aller voir autre chose. », et de prendre des notes, puis de se retrouver là-dedans, de faire comme nous on veut ou comme on le sent. Oui, c’est une bonne idée parce qu’on a des collègues extraordinaires. Il faut miser là-dessus, il faut aller visiter nos collègues, puis voir des pratiques réussies.
Louis : En plus, si, à un moment donné dans le processus, je me retrouve avec une question que je ne sais pas trop parce que je ne comprends pas, si j’ai un ou une collègue ou des collègues justement que je peux aller consulter, ça devient très intéressant. Dernière chose, vraiment la dernière dernière. Tu as parlé d’une ressource tantôt. Tu as dit : « Quelle ressource est-ce que tu pourrais nous conseiller pour dire : ʺOui, vous voulez faire ça.ʺ »? En plus d’écouter la formation de CTT, bien entendu, que je répète encore, mais une ressource que tu pourrais nous conseiller?
Cindy : Il y a la ressource Les pratiques pédagogiques à fort impact, qui est sortie en même temps que le programme-cadre. Vous pouvez juste la chercher sur le site du Ministère ou même sur le site du programme-cadre. Il y a aussi une nouvelle ressource dans En avant, les maths! : il y a une section décernée juste pour les pratiques à fort impact. Il y a deux belles vidéos qui montrent des exemples de l’enseignement en petits groupes, avec des trucs, des astuces et comment ils l’ont mis en place, et ont vraiment des guides pour nous aider là-dedans. Donc, En avant, les maths!, il y a une section pour les pratiques à fort impact, donc c’est vraiment génial, une ressource à explorer.
Louis : C’est ainsi que cet entretien se termine. Je vous rappelle, je vous rappelle à tout le monde que j’étais en compagnie, ce matin, de Cindy Turpin, qui est conseillère pédagogique au CSDCEO et qui a offert justement, cet été, une formation en mathématiques en collaboration avec l’AFMO. Voilà. Cindy, merci beaucoup.
Cindy : Merci, Louis.
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Intervenant : Merci d’avoir pris le temps d’écouter cet entretien. Pour accéder aux enregistrements des formations des Instituts, rendez-vous dans la section Ressources du site du Centre franco. Pour découvrir d’autres entretiens et rester à l’affût de nos nouveautés, abonnez-vous à notre infolettre, suivez-nous sur les réseaux sociaux ou visitez notre site : lecentrefranco.ca.
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