Les classes LabO au CEPEO : le développement des compétences globales en numératie

Caroline JolyVoici le deuxième billet d’une série de trois billets de blogue sur les classes LabO mises en place au Conseil des écoles publiques de l’Est de l’Ontario, des classes ouvertes sur la province qui servent à faire rayonner des pratiques pédagogiques novatrices.

Après une expérience d’une année comme conseillère pédagogique à temps plein pour l’équipe TacTIC, j’effectuais, en septembre 2018, un retour en salle de classe pour expérimenter la première classe LabO en mathématiques 10e année, voie appliquée, à l’école secondaire publique Gisèle-Lalonde à Orléans. Mon rôle m’obligeait à sortir profondément de ma zone de confort. J’attendais avec impatience la rentrée scolaire, car ma tête débordait de « bonnes idées ». Je me suis rapidement aperçue que mes « bonnes idées » se butaient à des obstacles. Une seule question me venait à l’esprit : pourquoi tous ces obstacles?

 

Et ça commence…

Durant la première semaine de classe, j’ai appris à connaître mes élèves. Nous n’avons pas fait de mathématiques. J’ai misé sur l’établissement d’un profil de classe et d’élèves, et surtout d’une relation positive avec eux. Je crois que cet objectif a été atteint, car mes élèves arrivaient la plupart du temps avec un sourire et me saluaient lorsque je les accueillais à la porte.

Je leur ai fait part de notre mission pour le semestre, soit celle de transformer les méthodes d’apprentissage pour solliciter davantage les élèves. Tous semblaient ouverts et heureux d’apprendre qu’ils ne passeraient pas de longues heures à retranscrire, dans des notes à trous, les mêmes mots et les mêmes problèmes que ceux que l’enseignant allait écrire au tableau devant la classe.

 

La résistance aux changements

Lorsqu’ont commencé les premières activités de collaboration et de réflexion, l’enthousiasme général s’est refroidi. Ils ne voulaient pas se lever, ne voulaient pas travailler avec tel ou telle partenaire, ou perdaient leur temps à parler de tout sauf du problème que je leur avais soumis. La première fois que j’ai demandé aux élèves de s’asseoir en équipe afin qu’ils puissent discuter d’un sujet, certains d’entre eux ont mis leurs écouteurs. Je n’ai pas besoin de vous dire que ma bulle pleine de « bonnes idées » s’est vite dégonflée!

Je commençais à me décourager et à me remettre en question. À la suite de nombreuses discussions avec des collègues, j’ai réalisé, tout comme mon collègue Daniel (https://www.cforp.ca/educo/classes-labo-cepeocompetences-globales-centre-de-lapprentissage/), que mes élèves n’étaient pas prêts pour un changement aussi radical. Ils n’ont jamais appris à nager, et je les ai jetés à l’eau sans veste de sauvetage. Ils avaient perdu tous leurs repères.

 

Un apprentissage pour tous

J’ai compris qu’il fallait montrer aux élèves à apprendre de façon autonome et à assumer la responsabilité de leur apprentissage (autorégulation). Ces compétences sont loin d’être innées chez nos élèves. J’ai donc ajusté mon approche afin d’offrir à mes élèves des points de repère familiers pour les sécuriser tout en les faisant réfléchir durant les activités que je leur proposais.

 

Tout le monde peut exceller en mathématiques

Il ne faut pas négliger l’aspect émotif rattaché aux mathématiques. Les jeunes qui suivent la voie appliquée sont malheureusement étiquetés comme des élèves qui ne sont « pas bons » en mathématiques. Cette croyance est aussi entretenue par les élèves eux-mêmes et leurs parents. L’école et la société doivent tenter de défaire ce préjugé. Tous les élèves peuvent réussir en mathématiques!

 

C’est ensemble que nous y arriverons

Ce que je retiens de mes premiers mois dans ce projet, c’est que la transformation de l’apprentissage chez nos élèves ne se fera pas par une seule enseignante dans une seule classe. C’est un projet d’école! De la maternelle à la 6e année pour nos écoles nourricières et de la 7e année à la 12e année. Nous devons contribuer au développement de toutes les compétences globales dès que nos élèves mettent les pieds à l’école.

Et que dire de nous, enseignants? Sommes-nous prêts à nous jeter à l’eau sans avoir appris à nager? C’est l’occasion de porter un regard critique sur nos pratiques et nos élèves. Gardons à l’esprit l’idée de développement, saisissons toutes les occasions pour s’améliorer et poussons la barre du risque.

C’est ensemble que nous y arriverons!

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Écrit par
Enseignante de mathématique dans l’âme, ma passion pour l’éducation m’a poussée à devenir conseillère pédagogique pour l’équipe TacTIC du CFORP en 2017 et cette année, je contribue à un projet de classe labo en partenariat avec le CEPEO et le CFORP. J’accompagne aussi, dans mon école, des enseignants qui désirent renouveler leur pédagogie en adaptant leur enseignement aux nouvelles compétences globales et aux courants de pensée appuyant la conception de tâches authentiques tout en intégrant la technologie. Tous les outils sont bons pour y parvenir, le seul critère: mettre l’élève au coeur de son apprentissage et se préoccuper de son bien-être en tout temps.
Derniers commentaires
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    Bravo Caroline! Je sais à quel point tu travailles fort pour engager tes élèves et leur faire vivre de belles réussites en mathématiques! Superbe article!
    Félicitations! Bonne continuité!

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    Bravo pour cet excellent billet Caroline! Ta transparence et ton humilité rendent ce partage authentique et touchant! Merci d’avoir partagé si ouvertement et toutes mes félicitations pour la transformation que tu fais vivre à tes élèves. Ils sont chanceux de t’avoir!

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    Beau blogue Caroline! J’apprécie ton honnêteté – tu es authentiques dans tes propos, ce qui rend tes contributions vraies et pratiques pour tes pairs.

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    Super billet de blogue Caroline! C’est grâce à des personnes passionnées comme toi qu’on va réussir à transformer l’expérience d’apprentissage des élèves!

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