Apprentissage autonome… pour changer notre rapport à l’apprentissage!

Classé parmi les compétences dites « générales » ou « intrapersonnelles », l’apprentissage autonome n’a pas toujours eu la place qu’il méritait auprès de ses consœurs dites « cognitives », comme la communication, la pensée créative ou la pensée critique.

Du temps où j’étais élève, je ne me rappelle pas avoir eu le sentiment d’être capable de prendre en main certains apprentissages. Malgré ma curiosité et mon engagement, j’étais souvent dans l’attente… j’attendais que l’on me propose ce que je devrais apprendre, comment l’apprendre et avec qui. J’aime croire que les choses changent et que les élèves d’aujourd’hui se sentent davantage décideurs, entrepreneurs et maîtres de leurs apprentissages.

Le contexte actuel pousse l’enseignement et l’apprentissage à se réinventer; il ébranle les façons de faire du personnel enseignant et donne le coup d’envoi à des pratiques que l’on prône depuis longtemps dans les milieux scolaires. Dans le tourbillon des ressources pédagogiques et des activités engageantes proposées de toute part, un retour à la grande question s’impose : Qu’est-il important que les élèves apprennent et développent pour être heureux et capables de contribuer au monde connecté et changeant qui est le leur?

De plus en plus de travaux de recherche (Dweck, 2010; Duckworth, Matthews, Kelly et Peterson, 2007; Tough, 2014) montrent que des compétences non scolaires du domaine intrapersonnel, comprenant des aptitudes comme la persévérance, le courage, la ténacité et une mentalité de croissance, sont étroitement liées à la capacité d’un être humain de surmonter des difficultés et de réussir à long terme.

Définir les compétences du 21e siècle pour l’Ontario Document de réflexion, p. 14

Au moment où l’apprentissage se fait plus que jamais à l’extérieur des murs de l’école, avec de nouveaux partenaires et sur une variété de plateformes, force est de constater que la compétence Apprentissage autonome, ou Apprendre à apprendre, n’a jamais été si pertinente pour les élèves, bien sûr, mais aussi pour le personnel enseignant, les parents et tous les acteurs du monde de l’éducation, comme le dit si bien @bourmu dans son dernier billet Ça va prendre un chapeau d’apprenant!.

Apprendre à apprendre

Dans le document Metacognition and Self-Regulated Learning – Guidance Report, la Education Endowment Foundation (EEF) nous rappelle l’importance pour les élèves de développer la capacité de planifier et de suivre leur apprentissage avec confiance, motivation et autonomie.

B. J. Zimmerman y propose un intéressant profil de l’apprenante ou l’apprenant autorégulé :

Ces apprenants sont proactifs dans leurs efforts pour apprendre parce qu’ils sont conscients de leurs forces et de leurs limites et parce qu’ils sont guidés par les objectifs qu’ils se sont fixés et les stratégies liées aux tâches (…). Ils monitorent leur comportement en fonction de leurs objectifs et réfléchissent à leur efficacité croissante. Cela améliore leur satisfaction personnelle et leur motivation à continuer d’améliorer leurs stratégies d’apprentissage. [traduction libre]

Metacognition and Self-Regulated Learning – Guidance Report, p. 8.

L’apprentissage autonome n’est pas qu’un simple avantage pour l’apprenante ou l’apprenant d’aujourd’hui; c’est une porte d’entrée vers l’ensemble des compétences et des apprentissages. C’est également une compétence qui devrait apparaître dans tous les affichages de poste et dans tous les curriculum vitae. C’est dans cette optique que je vous invite à réfléchir aux manifestations de l’apprentissage autonome chez vos élèves et chez les personnes que vous accompagnez.

Mes élèves et les personnes que j’accompagne…

se fixent des objectifs et les « monitorent ».    

  • Planifient leurs apprentissages et les organisent;
  • suivent leurs progrès vers leur objectif;
  • gèrent leur temps et les informations, ce qui les motive et assure leur indépendance.

ou

  • Sont en attente des décisions de l’enseignante ou de l’enseignant, de la prochaine étape, du matériel requis et de l’échéancier;
  • cheminent vers les objectifs qu’aura déterminés l’enseignante ou l’enseignant.

font preuve de résilience et adoptent une mentalité de croissance.

  • S’adaptent aux changements et aiment les défis;
  • prennent le temps et persévèrent;
  • ont confiance en leur capacité d’apprendre et de grandir;
  • considèrent leurs erreurs comme des pistes d’apprentissage;
  • demandent des conseils aux autres;
  • célèbrent leurs succès et ceux des autres.

ou

  • Choisissent des tâches faciles pour éviter l’effort et l’échec;
  • préfèrent la routine et la passivité au risque et à l’engagement;
  • se découragent facilement;
  • taisent leurs incompréhensions.

font preuve de métacognition.

  • Ont conscience de leurs forces, de leurs limites et de leurs besoins.
  • établissent des liens de cause à effet entre leur apprentissage et les stratégies utilisées;
  • mettent à profit leurs connaissances antérieures et ont recours à la rétroaction pour s’améliorer.

ou

  • Ne se posent pas de questions sur leurs rôles en tant qu’apprenant et sur les contextes qui leur sont les plus favorables pour apprendre;
  • pensent que leur apprentissage est, en partie, le fruit du hasard;
  • Se laissent guider au gré des besoins des autres élèves et des objectifs de l’enseignante ou de l’enseignant.

Stratégies d’enseignement   ̶  7 recommandations destinées au personnel enseignant

Votre pratique comprend sûrement déjà plusieurs stratégies qui prônent l’apprentissage autonome. De nombreuses approches déjà en place dans nos systèmes favorisent, en effet, le développement de cette compétence. On n’a qu’à penser à l’apprentissage par l’expérience, à la pédagogie entrepreneuriale ou à l’apprentissage par la résolution de problèmes pour comprendre que, chaque fois que l’on donne une voix à l’élève et qu’on lui propose des projets significatifs et authentiques, on lui fournit un terrain fertile pour l’apprentissage autonome. Vous l’aurez compris, le rôle de l’enseignante ou de l’enseignant change, mais n’en est pas moins déterminant quant à la compétence Apprendre à apprendre!

Voici les conditions facilitantes et les stratégies pédagogiques mises de l’avant dans le document Metacognition and Self-Regulated Learning  ̶  Guidance Report pour développer cette compétence.

Les enseignantes et enseignants devraient :

  1. comprendre ce qu’est la métacognition et acquérir les compétences pour la développer chez leurs élèves;
  2. enseigner explicitement les stratégies métacognitives aux élèves, y compris la façon de planifier leurs apprentissages, de les suivre et de les évaluer;
  3. modéliser leur propre pensée pour aider les élèves à développer leurs compétences cognitives et métacognitives;
  4. proposer aux élèves des tâches qui constituent des défis accessibles et qui les aideront à développer l’autorégulation et la métacognition;
  5. promouvoir le discours métacognitif en salle de classe et contribuer à le développer;
  6. enseigner explicitement aux élèves la façon d’organiser et de gérer efficacement leur apprentissage de manière autonome;
  7. recevoir l’appui de leur école pour enrichir leurs connaissances de ces approches et de leur utilisation.

Apprendre à apprendre… et ne jamais connaître l’ennui

L’invitation vous est lancée! Quelle sera votre prochaine étape pour partager avec les élèves la responsabilité de l’apprentissage, leur permettre d’entreprendre, de réaliser et de gérer des projets, puis les convaincre qu’elles et ils ont tout ce qu’il faut pour se prendre en main et éviter d’être dans l’attente ou de s’ennuyer en salle de classe? Je termine en vous faisant part d’un extrait d’une entrevue récente réalisée avec le poète québécois Gilles Vigneault, dont les paroles font réfléchir au fait qu’apprendre à apprendre est aussi le meilleur antidote à l’ennui et qu’il revient à chacun d’entre nous de se mobiliser.

Si je m’ennuie? Je ne m’ennuie jamais! L’expression « je m’ennuie » a une curieuse signification pour moi, c’est pronominal, ça rebondit sur le pronom : je suis celui qui ennuie moi!

(Gilles Vigneault, avril 2020)


Sources :

Documents

Compétences du 21e siècle, Phase 1 : Définir les compétences du 21e siècle pour l’Ontario – Document de réflexion, 2016.

QUIGLEY, Alex, Daniel MUIJS et Eleanor STRINGER. Metacognition and Self-Regulated learning – Guidance Report, London, Education Endowment Foundation (EEF), 2018.

Sites Web

Le Centre franco, https://autoformations.cforp.ca/wp-content/uploads/sites/2/MentaliteCroissance/Mentalite_que_j_adopte.pdf

La presse.ca, https://plus.lapresse.ca/screens/55e64e07-2ca8-4629-91b1-aae3ef6fb7f1__7C___0.html

Cadre pancanadien du CMEC pour les compétences globales

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Écrit par
Apprenante à vie et pédagogue toujours en devenir, j’ai été enseignante pendant 18 ans avant de me joindre à l’équipe du CFORP, au sein des équipes de création de ressources et de développement professionnel. En tant que directrice du développement professionnel, j’ai aujourd’hui le privilège de côtoyer des enseignantes et des enseignants, des conseillers et des leaders pédagogiques inspirants qui, comme moi, croient en la transformation des pratiques pédagogiques pour engager l’élève et développer les compétences globales qui lui permettront de devenir un citoyen actif et responsable. Twitter : @cdrouin1
Derniers commentaires
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    Merci Céline pour ce billet, qui est très intéressant surtout en cette situation d’enseignement à distance.
    J’aime particulièrement le questionnement proposé en lien avec les manifestations de l’apprentissage autonome. Les pistes incitent réellement à la réflexion.

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      Merci Élaine! Je pense beaucoup au personnel enseignant et aux équipes pédagogiques en ces moments d’incertitude! Le travail que vous faites est admirable!

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