Apprenant à vie? Mais, oui!

Déjà 30 ans…

Comme bien d’autres, sans doute, je me rappelle très bien ma première année d’enseignement. Bien que mon parcours postsecondaire ait été plutôt atypique (formation technique, formations universitaires variées, voyages à l’étranger), je peux toutefois dire que ma première année d’enseignement a franchement été ordinaire. J’enseignais en me portant garant du savoir, et je crois que les élèves, bien que très respectueux, devaient s’ennuyer royalement.

Comme plusieurs professions, l’enseignement s’approfondit et se bonifie par l’expérience et la pratique. Cependant, un élément essentiel avait peut-être manqué à ma formation initiale, un élément sur lequel on aurait dû insister, soit l’importance d’être apprenant tout le long de sa carrière :  apprenant avec nos collègues, apprenant avec nos élèves, apprenant par la lecture, apprenant par les réseaux sociaux et les plateformes virtuelles, apprenant à vie quoi! En somme, un cours 101 que l’on aurait pu nommer Apprenant à vie en contexte éducatif!.

De l’enseignant savant à l’enseignant pédagogue…

Les connaissances sont certes importantes, mais en me percevant comme un apprenant tout comme les élèves que j’accompagnais en salle de classe, je suis passé graduellement d’une posture d’enseignant savant à enseignant pédagogue. Mes élèves sont  les personnes de qui j’ai le plus appris au cours de ma première année d’enseignement!

Nos qualités personnelles sont certainement importantes dans la transformation et l’amélioration de nos pratiques pédagogiques (voir Capsule d’autoformatio Mentalité de croissance, Le Centre franco, 2018). Cependant,  je dois principalement à mes élèves ce passage vers des pratiques pédagogiques intégrant la ludification, des projets ouverts et collaboratifs, des projets impliquant les jeunes et la communauté, des productions en fonction des champs d’ intérêt des élèves, etc., bref, de très nombreuses occasions où les élèves sont devenus chercheurs, penseurs, entrepreneurs, soit de véritables partenaires éducatifs. Pour ma part, j’ai adopté un rôle de créateur de contexte, de gardien de la rigueur, mais surtout de coapprenant. (Capsule d’autoformation – Des compétences pour s’ouvrir au monde en transformation, Le Centre franco, 2019)

 

Posture d’enseignant savant

  • Valorise et présente ses savoirs liés à ses champs d’intérêt.
  • Organise sa planification selon les attentes et les contenus d’apprentissage du curriculum, et ses champs d’intérêt.
  • Est producteur de contenu et fournisseur de notes, de matériaux divers, d’exercices, de devoirs et de feuilles de route.
  • Prête attention aux connaissances, aux productions et à la rétention de l’information.
  • Observe et vérifie les connaissances, la compréhension et la capacité de reproduire les sujets présentés en salle de classe.
  • Organise sa salle de classe en assignant des places aux élèves.
  • Voit la technologie comme un obstacle à l’apprentissage.

Posture d’enseignant pédagogue

  • Valorise et détermine  les savoirs et les champs d’intérêt de l’autre.
  • Organise la planification en tenant compte de la voix, des besoins et des champs d’intérêt des élèves et en  intégrant les attentes et les contenus d’apprentissage du curriculum.
  • Est d’abord prestataire de contexte et concepteur pédagogique.
  • Prête attention aux processus, au développement des compétences et à l’échange de l’information.
  • Vérifie le progrès des apprentissages et le développement des compétences des élèves.
  • Organise la salle de classe, en étroite collaboration avec les élèves, en faisant preuve de flexibilité.
  • Voit la technologie comme une occasion de redéfinir la pédagogie.

 

Et la place des compétences…

À mesure que les contextes ouverts, authentiques et signifiants prenaient place dans mon enseignement, je me suis de plus en plus intéressé aux processus, aux habiletés et aux attitudes à reconnaître et à développer avant, pendant et après l’apprentissage. De plus en plus, mon rôle d’enseignant savant laissait place à des questions ouvertes, à des problèmes sans réponses faciles, aux besoins et aux défis  évoqués dans l’actualité, aux préoccupations des jeunes. Mes jugements sur l’apprentissage de mes élèves ont aussi pris des formes différentes. Je me suis tourné davantage vers l’autoévaluation, l’évaluation par les pairs, des conférences en sous-groupes ou individuelles, des projets plus complexes comprenant des moments bien choisis pour objectiver ou faire le bilan des progrès. Bref, je devenais davantage au service de l’apprentissage de mes élèves, un partenaire, un coapprenant avec ces derniers. Aujourd’hui, nous parlons plus précisément de pratiques et d’approches pédagogiques axées sur le développement de compétences. À ce sujet, il est intéressant de consulter le billet d’Annie Sicard, Enseigner et évaluer les compétences, par où commencer? ainsi que les Capsules d’autoformation portant sur les compétences, Le Centre franco, 2019).

Pour terminer, posons-nous ces questions : À quel moment de notre carrière avons-nous compris que d’embrasser la profession d’enseignant implique d’être soi-même apprenant à vie, voir auto-apprenant à vie? Comment ce rôle d’apprenant à vie transforme-t-il notre pratique pédagogique?

Si en répondant à ces questions nous découvrons que nos apprentissages et nos découvertes nous rendent de plus en plus  heureux dans notre profession et que nos élèves semblent plus engagés dans des apprentissages qui les inspirent, alors nous aurons sans doute saisi que le monde dans lequel nous vivons et les besoins des jeunes que nous accompagnons sont en constante évolution et que nous devons aussi nous informer, apprendre, coapprendre et perfectionner nos pratiques. En ce sens, être apprenant à vie devient une condition essentielle.

Au 21e siècle, la question ne se pose même plus. Apprenant à vie? Mais, OUI!

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Écrit par
Dans le domaine de l’éducation depuis plus de 27 ans, je suis actuellement leader pédagogique dans l’équipe TacTic du CFORP. Je soutiens la croissance professionnelle des directions d’école, des membres du personnel enseignant et des membres des services pédagogiques pour mieux répondre aux besoins d’apprentissage des élèves d’aujourd’hui. Je m’intéresse particulièrement à la ludification de l’apprentissage, à la pédagogie participative et à la transformation des espaces d’apprentissage. Twitter : @asavard1234
Derniers commentaires
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    Bonjour André,

    Merci pour ce billet qui illustre bien ce que je nomme le défi de changement de posture professionnelle, si essentiel pour relever les défis de l’éducation. Les défis sont les mêmes en Ontario qu’au Québec et ton billet que je partage avec plaisir fait partie de la belle « contamination positive » qui fera que demain ressemblera de moins en moins à hier. Du moins, je l’espère.

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      Merci Normand,
      Ce qui est remarquable dans ce changement de posture professionnelle c’est que l’impact est tout aussi grand sur le bonheur et le plaisir au travail pour l’enseignant qu’il est sur la profondeur de l’engagement et de l’apprentissage de l’élève. Alors vraiment une « contamination positive » généralisée!

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